Avertissement

ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !

Cheers.

mercredi 2 mars 2016

Sayonara

      Aujourd'hui, c'était les adieux au Matsuba. J'ai laissé des bombons panda aux gamins, qui sont tous venu me remercier en ribambelle. Tout le monde m'a demandé de revenir très vite. Kataoka-sensei a dit qu'il viendrait peut-être voir mon passage de grade au Tokyo-budokan dimanche. Je dois me faire ramener par Shintani-sensei, qui veut m'emmener à l'exposition de calligraphie du quartier dans le sanctuaire local.

      Je viens aussi de recevoir un mail de Naoto, un des membres du staff de Sakura House avec qui je me suis particulièrement bien entendu (même si globalement, je les kiffais tous). Il m'a envoyé la photo qu'on a prise ensemble avant que je quitte les lieux :



Keep it up!

      Aujourd’hui, c’est le début de la fin, c'est-à-dire que commence maintenant la dernière semaine, forcément la plus chargée. Pas un instant à soi. Il faut dire au revoir, régler des détails, rencontrer des gens, en quitter d’autres, préparer les souvenirs de départ et d’arrivée, et ne rien oublier dans la bataille.

      Ce matin, c’était facile : calligraphie. Selon le développement organique des choses, tout le monde à Matsugaya est désormais au courant que je suis pressenti comme successeur de M. Kobayashi à la tête de son temple. Tout le monde est convaincu que c’est une excellente idée, que c'est la chose la plus naturelle du monde, et me presse d’accepter l’offre sans retenue ; on n’y voit que des avantages : la jeune femme est charmante, la famille possède du terrain, la secte concernée est une des plus souples (pas besoin de se raser la tête), et puis la kesa m’irait très bien il parait. Bref, à chaque leçon de calligraphie le moment vient toujours où l’ambiance est plus à l’agence matrimoniale qu’à l’écriture… A part ça, j’ai quand même réussi à faire des progrès en tensho, autant que je déteste toujours ça terriblement (mais Kitamura-sensei a le don de me pousser à faire ce que je n’aime pas, et comme ça je fais des vrais progrès sur le reste). Parce que ma sakuhin (traduisez par « œuvre d’art » si ça vous amuse) pour l’expo locale de ce week-end est prête, et je me suis donc lancé spontanément dans une œuvre de reisho qui m’a attiré l’œil ce matin : c’est [侍歌] (littéralement : chant de samurai), et c’est très joli, ça m’inspire beaucoup. Pourtant la reisho c’est balèze, et je ne suis pas très doué pour ça. Mais dieu que c’est kakoi ! C’est trop la classe quoi. Je ne peux pas vous montrer en photo, parce que ma batterie a apparemment rendu l’âme définitivement. Je verrai ce que je peux faire en empruntant éventuellement du matériel à quelqu’un.

      Parce que oui, il faut pêle-mêle que je mette tout le monde au parfum, mais je viens de changer de crèmerie : mon offre discount en dortoir à 8 chez Sakura House expirait avec le mois de février. Comme nous sommes entrés joyeusement dans le mois de mars, je suis maintenant chez Kiyo-san, dans une charmante maison japonaise typique de la ville basse, avec trois étages et un balcon sur le toit, plusieurs chambres et une douzaine d’occupants internationaux qui se partagent tout ça, toujours selon la fameuse règle des porcs-épiques de Schopenhauer (relisez vos classiques si vous êtes largués, j’en ai déjà parlé avant, il fallait suivre). Comme en plus ça grouille de Français ici, j’utilise mes trois langues à tire-larigot comme au bon vieux temps, à ne plus trop bien savoir en quoi je parle, l’important étant de communiquer quoi qu’il arrive en chemin. On glisse des mots anglais au détour d’une phrase japonaise pour se faire comprendre d’un australien novice, on fait un encart explicatif en français, on repart sur de l’anglais pour que tout le monde comprenne en mettant du vocabulaire japonais dedans pour faire plus authentique, et puis parce qu’on ne trouve plus ses mots de toute façon, donc on parle, et c’est tout ce qui compte.
      La maison est essentiellement en bois, en panneaux de papier et en tatamis, c’est pourtant relativement récent et propre, c’est parfait. Il y a une vraie salle de bain japonaise avec la baignoire et tout, et ça c’est un bonus à mes yeux parce que ça me manque toujours en France, de pouvoir me poser les fesses sur mon tabouret en plastique au milieu de la salle d’eau et d’arroser le carrelage dans tous les sens pour me laver à grande eau sans que ça pose le moindre problème.
      Cerise sur le gâteau, il y a un vrai living avec le fameux « trou » au centre des tatamis, sur lequel est posée la table du salon qui le recouvre, auto-chauffante et doublée d’une couverture. La définition même du mot « confortable ». Je pourrais me passer de lit et dormir là chaque nuit s’il fallait. Vous ne pouvez pas savoir comme ce simple objet change votre vie en hiver (ça et la cuvette chauffante des toilettes).
      Pour le reste, la maison est un joyeux bordel absolu digne de l’Auberge espagnole, il n’y a pas un rangement qui ne vomisse des fringues ou des objets divers n’appartenant à personne, l’évier reste à peu près dégagé, mais l’égouttoir n’est qu’une vaste pile de vaisselle en séchage permanent, il y a des notes et des indications à chaque porte et à chaque interrupteur, des règles de vie dispersées dans toute la maison, agrafées sur les portes ou sur les robinetteries, des chambres à lits superposés séparés par un cordon de linge dont on ne sait pas trop s’il est là pour sécher ou pour garantir un minimum d’intimité au dormeur, et le toit enfin est un vaste amalgame de linge, de cintres et de vieux trucs inutiles qui traînent. C’est parfait.

      Après la calligraphie, j’avais immédiatement rendez-vous à nouveau avec Ichirō Yamaguchi, parce qu’il voulait qu’on se revoit un peu avant mon départ. Son granf fils Shun-no-suke est venu avec nous, et ils m’ont (encore !) invité dans « le meilleur resto de Tokyo pour les tempura soba » (selon Ichirō). C’était un petit resto sobre mais très classe au rez-de-chaussée dans le quartier de Nihonbashi, et les serveuses ont tout de suite accueilli la famille comme s’ils se connaissaient depuis longtemps (parce qu’apparemment c’est le cas). C’était super bon, et on m’a félicité sur le fait que je faisais des progrès pour manger les nouilles à la japonaise, c'est-à-dire en les aspirant tout rond, presque sans mâcher, et en faisant beaucoup de bruit pour montrer que c’est très bon, mais surtout sans asperger ses voisins de soupe en en mettant partout. Bruyamment ne veut pas dire malproprement, il faut savoir trouver cet équilibre délicat pour manger les pâtes avec grâce au Japon.
L’étape suivante, c’était de flâner à Ginza pour découvrir des magasins de papeterie de référence pour la calligraphie, les cartes postales et les tas de petites choses mignonnes qu’on trouve au Japon pour décorer tout ce qui peu l’être, du plus grand chef-d’œuvre au barbouillage le plus innocent. Ichirō a réitéré son offre concernant la maison de son père, récemment décédé, dans laquelle je suis censé venir passer mon prochain séjour au Japon plutôt que de payer l’hôtel. Les mauvais esprits feront remarquer que l’âme du grand-père hante peut-être encore les lieux, mais moi je ne sais pas comment remercier tant de gentillesse et de prévenance, parce qu’une maison en plein cœur de Tokyo réservée pour moi, c’est pas trop rien. En plus il n’a même pas voulu que je paye le thé qu’on a pris plus tard dans l’après-midi, pas moyen. J’ai juste pu donner quelques conseils à Harutsune-kun en passant à la maison pour ses révisions d’examen de seconde.

      De retour chez Kiyo, j’ai fait mon paquetage, et c’était reparti pour l’entraînement du soir au Riverside Sport Center avec Tadashi-sensei en personne (celui qui ressemble à un grand Américain avec un visage tout ridé. Il a un petit côté Clint Eastwood, avec le même genre de rictus à la bouche. Un grand mec tout sec qui a l’air de vous frapper sans même bouger tellement on dirait que ça s’est produit comme ça, incidemment, sans y penser). Sa remarque principale (et essentielle) a été que mes cordons de casque sont trop long. 40 cm max. Bien monsieur. J’ose le dire ? C’est parce que j’ai fait un bon keiko je crois. Ce soir j’avais la patate. Pas que ce soit parfait, certainement pas, mais justement : en ce moment j’ai laissé tomber la perfection, et ça porte ses fruits.
Avant que je parte, Saigawa-kun s’est bien assuré qu’on se reverrait avant mon retour en France. Le temps est compté, car il ne me reste que demain au Matsuba comme entraînement à Taitō-ku, mais le gaillard y sera, parce qu’il est encore pire que moi et s’entraîne tous les jours dans le district lui aussi. En tout cas, à 18 ans c’est un sacré sabreur, et tout le monde le dit, moi compris. S’entraîner avec ce gamin, c’est un plaisir et un honneur, et je pense que ça le restera longtemps.

      Sorti de la douche et de l’entraînement, je suis repassé à la maison me mettre un coup d’Eau de Gio (Georgio Armani), et direction le ¡ Salud ! à Nippori. Passée la femme aux « massages » (faites les guillemets avec vos doigts à hauteur de vos oreilles, là), j’arrive au troisième étage du Nippori Eki Mae, et je suis accueilli par la taulière si familière et chaleureuse. Je commande o-susume (sur recommandation) un ume-shu de pêche, une curiosité pas mauvaise du tout (ume-shu, ça veut quand même dire littéralement « alcool de prune », n’est-ce pas…). Et puis maintenant que j’en suis à ma deuxième visite, je me lance de moi-même sur la piste dès qu’une occasion se présente (c'est-à-dire dès que cette satanée kiz’ fait la place à une salsa ou une batchata). J’ai même pu faire deux batchata avec cette jolie fille que j’avais repérée la première fois, et je n’ai pas été déçu, parce qu’elle danse très bien. C’est quand même un comble que les Japonaises soient moins timides et plus sensuelles que les Françaises quand elles dansent, non ? A bas les clichés, prenez-en de la graine mesdames (je ne parle pas pour mes partenaires préférées, cela va de soi, mais pour toutes celles qui pensent que la batchata sensual, ça se fait avec une distance minimum de sécurité entre les corps et une tige de bambou érigée dans le fondement) ! A l’intention de mes condisciples, que j'espère béats de respect et d’admiration devant mon courage, sachez que j’ai tenu le self-challenge d'exécuter une très belle vague avec cette demoiselle (passe poétiquement appelée entre nous « accouplement des dauphins » n’est-ce pas ?), et ça a très bien marché (deux fois), elle a suivi tout de suite, na ! (Merci au « gilet-ceinture-bretelles », comprenne qui peut). Ça vous en bouche un coin, hein ? Heureusement, vous n’étiez pas là pour voir le résultat final et la grâce de l’exécution, je vous laisse tout le loisir d’imaginer la scène…

      Après avoir salué tout le monde et assuré que je repasserai dès mon prochain séjour à Tokyo, j’ai pris le chemin du retour, et j’étais perdu dans mes pensées, croyant la journée terminée. Que nenni ! En descendant Kototoi-dōri depuis Negishi (mon fief d’antan) pour rejoindre Asakusa, je passe devant la vitrine d’un petit bar qui porte ce nom à merveille, puisqu’il devait faire 4 mètres de large sur trois de profondeur, et se résumait donc essentiellement à un comptoir fiché au milieu pour délimiter l’espace entre la rangée de clients tardifs et le barman. Ce dernier, un jeune japonais (la jeune trentaine disons) croise mon regard à ce moment à travers la vitre, et derechef sort à sa porte et m’interpelle alors que j’allais dépasser son établissement. Il y a trois personnes au bar, il est minuit, il me propose tout naturellement de me joindre à la compagnie pour venir prendre un verre. Je crois que j’ai bien hésité entre 5 et 10 secondes avant d’accepter. C’était tellement insolite, inattendu, bienveillant et aimable que je n’ai pas eu le cœur de refuser. Une nana s’en va, elle me cède sa place à côté d’une petite jeune fille au visage rond, Tomo ; plus loin se trouve un quadragénaire légèrement dégarni et passablement bourré, à la manière des Japonais, c'est-à-dire qu’il et joyeux et volubile et m’apostrophe à tout bout de champ pour me poser cinquante questions à la fois. Il s’appelle Beppo. Derrière le comptoir se trouve Toku, comme dans Tokugawa (j’apprendrai ça plus tard au hasard de la conversation), qui me propose du nihonshu parce qu’il n’a plus d’umeshu. Pour ceux qui se demandent, c’est ce que nous on appelle à tort « saké » (le sake [酒] désignant l’alcool quel qu’il soit au Japon). On peut être encore plus précis parce qu’en fait nihonshu désigne globalement tout alcool typiquement japonais, ce qui inclut le shōchu par exemple si je ne fais pas d’erreur. Or le shōchu ressemble à la vodka, et il est fait à base d’orge et/ou de patate il me semble. Pour désigner spécifiquement l’alcool de riz, je crois qu’on dit littéralement maishu [米酒], mais honnêtement « nihonshu » fait généralement l’affaire pour se faire comprendre.
      Donc avec déjà deux umeshu de pêche dans le nez (parce que je n’ai pas résisté au double effet okawari dans l’établissement précédent), me voilà reparti pour un sacré verre d’alcool de riz plutôt fin, assez sucré pour le genre, et qui se buvait très bien. Le verre passablement généreux en lui-même était posé sur une petite boîte carrée en bois laquée, et Toku l’a rempli largement à raz-bord jusqu’à ce que ça déborde, en disant « service », c'est-à-dire que le trop-plein volontaire est pour la maison. On a trinqué bien sûr, et j’ai passé la suite de la soirée à trinquer à nouveau (surtout avec Beppo qui n’en finissait pas de vouloir célébrer la nuit), à papoter de tout et de rien dans mon japonais le plus frustre et le plus amical, à jouer à une sorte de go abrégé en mangeant un œuf frais de poule élevée en pleine air avec un bol de riz, une demi-patate et de la sauce soja, et à s’amuser à écrire par défi des séries de kanji sur des bouts de papier, un peu comme on aurait fait un blind test au karaoké, tout ça pendant une bonne heure et demie, qui s’est écoulée comme un pet dans le vent.
      Et du coup, de fil en aiguille, j’ai rendez-vous demain midi avec mademoiselle Tomo pour aller manger des sushis à Akihabara dans un resto où bosse un de ses coloc. Je me suis dit que je me devais bien ça.

dimanche 28 février 2016

Donburi avec les copains

      Ce matin, je suis allé à un entraînement exceptionnel donné par Itō au Keishichō, spécial koryū (anciennes écoles) pour les anciens, et préparation au passage de grade pour les personnes concernées. Ça a été très profitable. Rien que dans la matinée, j’ai dû passer une demi-douzaine d’examens blancs, sans compter toutes les remarques particulière des professeurs et les exercices qui s’intercalent au milieu. A la toute fin, j’ai fait 5’34’’, qui a été déclaré le meilleur temps parmi l’assemblée des candidats (tout le monde était trop rapide, mais il faut quand même ne pas dépasser 6’ ; on considère généralement que 5’30’’ environ pour cinq katas, c’est bien). Malgré le monceau de remarques et de conseils, j’ai été passablement félicité pour ma pratique. Je sens qu’en deux semaines seulement, j’ai fait d’énormes changements dans mon iaido.

Peter & me
      Après la douche de midi, est venu le moment plus important de cette magnifique journée : je suis allé retrouver les anciens de IHouse à Akihabara Electric Town pour le déjeuner ; cela faisait presque trois ans que je n’avais pas vu la bande, Loris, Max, Lucio et Marco, la dreamteam internationale de ma colocation à Meiji Daigaku. Nous avons tourné un peu avant de nous décider pour un donburi juste en face de M’SPop Life Department Store (pour moi c’est un point de repère célèbre, mais j’ai toujours l’impression d’être le seul à connaître ce truc à Akihabara).
      On était tellement content de se retrouver, c’était super. Chacun d’entre eux travaille à Tokyo désormais, et ils m’ont tous enjoint de venir les rejoindre. Lucio et Marco vont même emménager ensemble à Kita-senju. Tout ça est arrivé presque par hasard, grâce à Peter, un Coréen qui avait fait l’ascension du mont Takao avec nous pour la cérémonie du lever du soleil du nouvel an 2013 (Heisei 25). Ce gars m’a reconnu il y a quelques jours alors qu’il était de passage au Sakura House Hotel, et m’a engagé à reprendre contact avec les amis après m’avoir appris qu’un grand nombre d’entre eux étaient actuellement en ville.

      C’était tellement bon de passer cette après-midi ensoleillée à nouveau entre nous, comme au bon vieux temps, qu’on a décidé de remettre ça avant mon départ, pour dimanche soir prochain. Il faut dire qu’on a été tellement proches les uns des autres, entassés tous les matins entre 8 et 9 heures pendant un an dans les transports en commun de la Keio line, depuis Meidaimae jusqu’à Shinjuku…

Marco - Max - Me - Lucio - Loris
* La dame qui a pris la photo, elle aimait bien son restaurant !... *

      Cheers everybody.

samedi 27 février 2016

Salsa Sudada



      Oubliez tout ce que vous avez pu voir au Blogg. Il existe un autre monde, un autre univers, une autre dimension dans laquelle on danse la salsa pour de vrai (déjà parce qu'on y passe presque exclusivement de la salsa toute la nuit). Je viens enfin de comprendre ce soir pourquoi Mickaël répète qu’en France le niveau est mauvais. Je ne sais pas ce qu’on trouve à Paris, ni même au Ninkasi, mais je n’aurai plus honte de me lancer au Blogg. Même les meilleurs danseurs là-bas ne sont rien comparés à ce que j’ai vu ce soir.
      En arrivant au Salsa Sudada déjà, je sens qu’il y a un certain niveau. La piste n’est pas très grande (il faut danser petit), mais les couples qui sont là connaissent généralement leur affaire. Du coup, je reste un bon moment, timide, sur le bord. Finalement, le DJ lance Abre Que Voy. Je me dis « si je me lance pas là, ça sera de pire en pire : je vais ruminer ma médiocrité en voyant danser les autres, et je ne bougerai pas de la soirée ». Alors j’invite, en prenant les précautions d’usage (je suis débutant, ça fait 4 mois que j’ai commencé, tout ça). J’enchaîne plusieurs danses avec plusieurs cavalières, en faisant des pauses de temps en temps. Des fois ça passe, des fois ça ne passe pas, ça dépend des danseuses. En tout cas, elles ne sont pas timides. Côté sensualité, on est des frigides chez nous à côté de ce que j’ai vu ce soir. On fait de la salsa bien sage.
      Du coup, facile d’inviter, difficile d’assurer derrière. En plus, je fais de la salsa cubaine, et j’ai bien vu que ça surprenait un peu mes partenaires. Le dile que si notamment, elles ne connaissent pas trop sous la forme qu’on fait nous. Pour le reste, heureusement, Mickaël nous a quand même bien appris à guider, donc ça aide à lancer les figures. Vu le niveau, même si elles ne connaissent pas, du moment qu’on guide, les danseuses suivent. Le problème, c’est les temps. Moi j’en suis encore à compter les temps, alors que ces filles-là, elles sentent immédiatement quand tu sors de la mesure, et ça les embarrasse. Ça se lit sur le visage, cette expression un peu surprise du « mais qu’est-ce que tu fais là ? T’es perdu ? Comment est-ce possible ? ». Désespoir.
      Mais le coup de grâce, c’est qu’à un moment ils ont lancé je ne sais quelle musique, et trois couples à l’air anodin ont pris possession de la piste. Il y en avait notamment deux, un grand Noir massif avec une petite métisse aux cheveux frisés et un Japonais à la peau brune, petit chignon-catogan, avec une asiatique en débardeur rose, mini-jupe et bas résilles. Elle avait même l’air un peu vulgaire à première vue comme ça. Et ben c’est la première fois que j’ai vu ça. C’était incroyable de style, de précision, de rythme… Personne n’a même essayé de leur disputer la piste. Tout le monde s’est rangé, et on a contemplé. A un moment (surement pas le plus difficile, mais le plus marquant en tout cas), le danseur a fait tourbillonner la fille autour de lui ; elle faisait des tours sur elles même sans s’arrêter à une vitesse incroyable, et en plus le danseur la menait en révolution autour de lui. Et puis il l’arrêtait d’un coup, exactement en rythme avec la musique lorsqu’elle finissait sa phrase.
      Là-dessus aussi, je me suis rendu compte qu’il y avait du boulot : ces danseurs-là, ils n’en sont plus à compter parce qu’ils sont beaucoup plus loin : ils sentent les phrases musicales, et ils s’adaptent tout au long de la musique selon l’ambiance et les phrasés. Toutes leurs figures sont prévues longtemps à l’avance, en fonction de l’évolution de la musique, et s’achèvent impeccablement au bon moment.
      Bref, c’était sublime.


      Je suis rentré, blasé, par le dernier métro (en faisant des contorsions de ligne pour tenter d’arriver chez moi, et j’ai quand même dû faire 5 ou 6 bornes à pied le long de la Sumida parce qu’à cette heure-ci la Ōedo-sen s’arrête à Kiyosumi-shirakawa, soit trois bonnes stations avant celle que je visais, qui est déjà un peu éloignée d’Asakusa). Bref, coup dur dans un sens, motivant dans l’autre. Il reste du chemin à parcourir !

    Et les filles ? Travaillez vos tours. C’est un investissement sûr. Les garçons aussi d'ailleurs. Ça sert. Y'a du boulot !

jeudi 25 février 2016

Séminaire (Budo style)



      Chers amis, cette enveloppe à l'air anodin que je viens de recevoir à l'Hôtel Sakura House m'est envoyée directement de la part de l'Université Internationale des Arts Martiaux de Chiba (Kokusai Budô Daigaku) pour m'annoncer que ma candidature au stage du week-end prochain a été acceptée !

       Je vais pouvoir prendre la température de ce saint lieu des arts martiaux japonais, rencontrer des tas de gens, et bien sûr pratiquer à l'essai parmi les 9 arts martiaux modernes répertoriés par la fédération (Kendô, Jûdô, Kyûdô, Naginata, Karate-dô, Aikidô, Shorinji-kempô, Sumo, Jûkendô).

      Le plus triste, c'est que je ne peux même pas rester jusqu'au dimanche puisque... je présente mon 3ème dan de iaidô au Tokyo Budokan ce jour-là.
      Je pense qu'ils comprendront...

J’suis trop gavé !

      Nom de Dieu, ils m’ont gonflé les vieux aujourd’hui ! J’avais envie de tous les tuer. Ils ont profité de ce que ni Itō ni Hata-sensei n’étaient là pour « prendre en main » les petits jeunes qui passent des grades, et particulièrement ceux qui viennent de France et qui ne savent pas bien faire tout comme il faut – c'est-à-dire moi.
      Autant Itō est kibishii au sens de sévère, c'est-à-dire qu’il veut que les choses soient exécutées vite et bien tel qu’il le dit, autant les vieux sont kibishii au sens d’exigeant, c'est-à-dire qu’ils ne vous lâchent pas tant que chaque mouvement n’est pas absolument parfait, comme si j'allais passer mon 7ème dan la semaine prochaine. Et quand ils ont une idée en tête, ça peut durer longtemps. Après trois heures d’entraînement de 6 à 9, ils s’y sont mis à trois acharnés et se sont obstinés à me faire exécuter parfaitement uke-nagashi. Non content de faire 5 corrections contradictoires à la fois, ils m’ont fait recommencer le kata des dizaines et des dizaines de fois, en secouant la tête à chaque mouvement, en m’arrêtant à chaque nouvelle étape, ou en prenant leur petit air pincé en inclinant la tête de côté : « Iyaa… mada ! Mo ikkai yatte mite ? ». Et c’est reparti. A la fin, je ne savais plus où étaient ma jambe gauche, ma hanche droite, mes genoux, mes pieds, j’étais sans dessus dessous. C’est les gars du service qui m’ont sauvé en nous virant, parce que la salle était utilisée à partir de 10 heures. Et encore, Yamaguchi-sensei, un très grand type tout maigre et tout en longueur avec juste une couronne de cheveux gris qui va d’une oreille à l’autre, a insisté pour que je refasse une fois tout le cérémoniel d’entrée et de sortie du terrain d’examen, parce qu’il y avait « un petit quelque chose qui clochait et qu’il voulait porter à mon attention ».
      Je peux vous dire que si avec tout ça je n’ai pas mon 3ème dan, je ne sais pas ce qu’il faut subir pour l’avoir !

      Heureusement au Japon, la peine est souvent récompensée, et il m’a offert le petit déj’ après la douche. Un autre senpai qui était à table avec nous a ré-insisté pour que je demande à venir faire les entraînements de kendo le matin au keishichō (la préfecture de police), mais j’ai senti que ça bloquait un peu Itō la dernière fois que ça a été évoqué, et Onikubo ne m’en a pas reparlé non plus, donc j’ai décidé de ne pas insister. Par contre, ce même monsieur m’a dit qu’il pouvait me recommander quand je voudrais dans un dojo près d’Ikebukuro où se trouvent apparemment des professeurs de très bon niveau. J’ai sa carte, j’irai sans doute y faire un tour un jour…

mercredi 24 février 2016

¡ Salud !

      Comme je le craignais, les Japonais, quand ça fait quelque chose, ça s’y met à fond. La salsa ne fait pas exception, et même plein de confiance et d’assurance, mettre les pieds dans un club de salsa tokyoïte après 3 ou 4 mois de cours, c’est risqué. Bonjour le niveau, et bonjour la honte, surtout après deux semaines sans danser.
      J’ai enchaîné ça tout de suite en sortant d’entraînement ce soir, donc c’était 19h-21h kendo, puis marcher jusqu’à Nippori, puis 22h30-12h salsa/batchata. Tout un programme !
      J’ai eu ma petite surprise en arrivant dans le quartier, parce que moi j’habitais juste à côté, à Uguisudani, en plein dans les Love Hotels, mais je ne connaissais pas du tout les environs de la gare de Nippori. En fait, c’est très animé la nuit, et c’est un peu l’ambiance chaude qui prélude à Uguisudani : on trouve une foultitude de Garuzu-kurabu, comprenez Girls Clubs, où on peut fréquenter et payer des coups à des jeunes femmes pour quelques milliers de yen seulement les 40 minutes. J’avais à peine mis les pieds dans le quartier qu’il fallait me débarrasser d’une alpagueuse tenace qui me proposait ¥3000 le « massage ». J’avais oublié que cette partie de la frontière Taitō-Arakawa a gardé une partie de ses traditions depuis l’époque où c’était le « Red Light District » de Tokyo…
      Une fois réfugié chez ¡ Salud !, ambiance chaleureuse ! C’est presque chez l’habitant : espace intimiste, tout le monde se connait, un petit comptoir, une estrade pour le DJ, et une piste de danse qui fait la taille d’un grand salon. Ce soir, j’étais le visage inconnu, le nouvel arrivant ; je m’attendais un peu à la gêne japonaise habituelle face à l’étranger qui débarque et je pensais devoir faire des démarches pour obtenir une cavalière, mais bien au contraire dans ce petit nid discret au 3ème étage d’un building du quartier, le sang chaud de la danse latino l’emporte sur la bienséance : après quelques mots d’introduction, la taulière m’a rapidement jeté dans les bras d’une danseuse au cours d’une batchata de passage, histoire de voir ce que j’avais dans le ventre. Deux danses plus tard, le DJ, qui semble être aussi le patron du bar, vient naturellement me taper la causette (et en japonais, s’il vous plait, pas en anglais pour touriste) ; il me dit d’entrée : « Ton prof est cubain ? » Je dis « Non, il est français, pourquoi ? » « Ben, parce que c’était de la salsa cubaine que tu dansais, non ? ». Donc le gars connait son affaire. J’ai creusé un peu, ça fait des années qu’il danse, il a voyagé en Amérique latine et parle apparemment l’espagnole et un peu de portugais. Le professeur du lieu, Ryū, est un métisse japonais-latino qui si j’ai bien compris a introduit la batchata au Japon (ou en tout cas contribué à la faire).
      Seule petite déception, leur spécialité (ce soir en tout cas), c’est la kizomba : une chanson sur deux. Or moi je ne sais pas du tout la danser. Ça fait quand même plaisir de voir toutes ces jolies Japonaises sexy et impeccablement maquillées faire des déhanchés sensuels sur les rythmes inégaux de la kiz’. La femme du professeur m’a même entraîné pour une danse, mais je n’ai pas pu faire grand-chose de plus que les pas de base. Je l’ai vu danser avec lui ensuite, c’était autre chose…

      Bref, je garde l’adresse, c’est à refaire ! Je vais réviser mes passes…