Avertissement

ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !

Cheers.

samedi 27 février 2016

Salsa Sudada



      Oubliez tout ce que vous avez pu voir au Blogg. Il existe un autre monde, un autre univers, une autre dimension dans laquelle on danse la salsa pour de vrai (déjà parce qu'on y passe presque exclusivement de la salsa toute la nuit). Je viens enfin de comprendre ce soir pourquoi Mickaël répète qu’en France le niveau est mauvais. Je ne sais pas ce qu’on trouve à Paris, ni même au Ninkasi, mais je n’aurai plus honte de me lancer au Blogg. Même les meilleurs danseurs là-bas ne sont rien comparés à ce que j’ai vu ce soir.
      En arrivant au Salsa Sudada déjà, je sens qu’il y a un certain niveau. La piste n’est pas très grande (il faut danser petit), mais les couples qui sont là connaissent généralement leur affaire. Du coup, je reste un bon moment, timide, sur le bord. Finalement, le DJ lance Abre Que Voy. Je me dis « si je me lance pas là, ça sera de pire en pire : je vais ruminer ma médiocrité en voyant danser les autres, et je ne bougerai pas de la soirée ». Alors j’invite, en prenant les précautions d’usage (je suis débutant, ça fait 4 mois que j’ai commencé, tout ça). J’enchaîne plusieurs danses avec plusieurs cavalières, en faisant des pauses de temps en temps. Des fois ça passe, des fois ça ne passe pas, ça dépend des danseuses. En tout cas, elles ne sont pas timides. Côté sensualité, on est des frigides chez nous à côté de ce que j’ai vu ce soir. On fait de la salsa bien sage.
      Du coup, facile d’inviter, difficile d’assurer derrière. En plus, je fais de la salsa cubaine, et j’ai bien vu que ça surprenait un peu mes partenaires. Le dile que si notamment, elles ne connaissent pas trop sous la forme qu’on fait nous. Pour le reste, heureusement, Mickaël nous a quand même bien appris à guider, donc ça aide à lancer les figures. Vu le niveau, même si elles ne connaissent pas, du moment qu’on guide, les danseuses suivent. Le problème, c’est les temps. Moi j’en suis encore à compter les temps, alors que ces filles-là, elles sentent immédiatement quand tu sors de la mesure, et ça les embarrasse. Ça se lit sur le visage, cette expression un peu surprise du « mais qu’est-ce que tu fais là ? T’es perdu ? Comment est-ce possible ? ». Désespoir.
      Mais le coup de grâce, c’est qu’à un moment ils ont lancé je ne sais quelle musique, et trois couples à l’air anodin ont pris possession de la piste. Il y en avait notamment deux, un grand Noir massif avec une petite métisse aux cheveux frisés et un Japonais à la peau brune, petit chignon-catogan, avec une asiatique en débardeur rose, mini-jupe et bas résilles. Elle avait même l’air un peu vulgaire à première vue comme ça. Et ben c’est la première fois que j’ai vu ça. C’était incroyable de style, de précision, de rythme… Personne n’a même essayé de leur disputer la piste. Tout le monde s’est rangé, et on a contemplé. A un moment (surement pas le plus difficile, mais le plus marquant en tout cas), le danseur a fait tourbillonner la fille autour de lui ; elle faisait des tours sur elles même sans s’arrêter à une vitesse incroyable, et en plus le danseur la menait en révolution autour de lui. Et puis il l’arrêtait d’un coup, exactement en rythme avec la musique lorsqu’elle finissait sa phrase.
      Là-dessus aussi, je me suis rendu compte qu’il y avait du boulot : ces danseurs-là, ils n’en sont plus à compter parce qu’ils sont beaucoup plus loin : ils sentent les phrases musicales, et ils s’adaptent tout au long de la musique selon l’ambiance et les phrasés. Toutes leurs figures sont prévues longtemps à l’avance, en fonction de l’évolution de la musique, et s’achèvent impeccablement au bon moment.
      Bref, c’était sublime.


      Je suis rentré, blasé, par le dernier métro (en faisant des contorsions de ligne pour tenter d’arriver chez moi, et j’ai quand même dû faire 5 ou 6 bornes à pied le long de la Sumida parce qu’à cette heure-ci la Ōedo-sen s’arrête à Kiyosumi-shirakawa, soit trois bonnes stations avant celle que je visais, qui est déjà un peu éloignée d’Asakusa). Bref, coup dur dans un sens, motivant dans l’autre. Il reste du chemin à parcourir !

    Et les filles ? Travaillez vos tours. C’est un investissement sûr. Les garçons aussi d'ailleurs. Ça sert. Y'a du boulot !

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