Oubliez tout ce que vous avez pu voir au Blogg. Il existe un
autre monde, un autre univers, une autre dimension dans laquelle on danse la
salsa pour de vrai (déjà parce qu'on y passe presque exclusivement de la salsa toute la nuit). Je viens enfin de comprendre ce soir pourquoi Mickaël
répète qu’en France le niveau est mauvais. Je ne sais pas ce qu’on trouve à
Paris, ni même au Ninkasi, mais je n’aurai plus honte de me lancer au Blogg.
Même les meilleurs danseurs là-bas ne sont rien comparés à ce que j’ai vu ce
soir.
En arrivant au Salsa
Sudada déjà, je sens qu’il y a un certain niveau. La piste n’est pas très
grande (il faut danser petit), mais les couples qui sont là connaissent
généralement leur affaire. Du coup, je reste un bon moment, timide, sur le
bord. Finalement, le DJ lance Abre Que
Voy. Je me dis « si je me lance pas là, ça sera de pire en pire :
je vais ruminer ma médiocrité en voyant danser les autres, et je ne bougerai
pas de la soirée ». Alors j’invite, en prenant les précautions d’usage (je
suis débutant, ça fait 4 mois que j’ai commencé, tout ça). J’enchaîne plusieurs
danses avec plusieurs cavalières, en faisant des pauses de temps en temps. Des
fois ça passe, des fois ça ne passe pas, ça dépend des danseuses. En tout cas,
elles ne sont pas timides. Côté sensualité, on est des frigides chez nous à
côté de ce que j’ai vu ce soir. On fait de la salsa bien sage.
Du coup, facile d’inviter, difficile d’assurer derrière. En
plus, je fais de la salsa cubaine, et j’ai bien vu que ça surprenait un peu mes
partenaires. Le dile que si
notamment, elles ne connaissent pas trop sous la forme qu’on fait nous. Pour le
reste, heureusement, Mickaël nous a quand même bien appris à guider, donc ça
aide à lancer les figures. Vu le niveau, même si elles ne connaissent pas, du
moment qu’on guide, les danseuses suivent. Le problème, c’est les temps. Moi j’en
suis encore à compter les temps, alors que ces filles-là, elles sentent immédiatement
quand tu sors de la mesure, et ça les embarrasse. Ça se lit sur le visage,
cette expression un peu surprise du « mais qu’est-ce que tu fais là ? T’es
perdu ? Comment est-ce possible ? ». Désespoir.
Mais le coup de grâce, c’est qu’à un moment ils ont lancé je
ne sais quelle musique, et trois couples à l’air anodin ont pris possession de
la piste. Il y en avait notamment deux, un grand Noir massif avec une petite
métisse aux cheveux frisés et un Japonais à la peau brune, petit
chignon-catogan, avec une asiatique en débardeur rose, mini-jupe et bas
résilles. Elle avait même l’air un peu vulgaire à première vue comme ça. Et ben
c’est la première fois que j’ai vu ça. C’était incroyable de style, de
précision, de rythme… Personne n’a même essayé de leur disputer la piste. Tout
le monde s’est rangé, et on a contemplé. A un moment (surement pas le plus
difficile, mais le plus marquant en tout cas), le danseur a fait tourbillonner
la fille autour de lui ; elle faisait des tours sur elles même sans s’arrêter
à une vitesse incroyable, et en plus le danseur la menait en révolution autour
de lui. Et puis il l’arrêtait d’un coup, exactement en rythme avec la musique lorsqu’elle
finissait sa phrase.
Là-dessus aussi, je me suis rendu compte qu’il y avait du
boulot : ces danseurs-là, ils n’en sont plus à compter parce qu’ils sont
beaucoup plus loin : ils sentent les phrases musicales, et ils s’adaptent
tout au long de la musique selon l’ambiance et les phrasés. Toutes leurs
figures sont prévues longtemps à l’avance, en fonction de l’évolution de la
musique, et s’achèvent impeccablement au bon moment.
Bref, c’était sublime.
Je suis rentré, blasé, par le dernier métro (en faisant des
contorsions de ligne pour tenter d’arriver chez moi, et j’ai quand même dû
faire 5 ou 6 bornes à pied le long de la Sumida
parce qu’à cette heure-ci la Ōedo-sen s’arrête à Kiyosumi-shirakawa, soit trois bonnes
stations avant celle que je visais, qui est déjà un peu éloignée d’Asakusa). Bref, coup dur dans un sens,
motivant dans l’autre. Il reste du chemin à parcourir !
Et les filles ? Travaillez vos tours. C’est un
investissement sûr. Les garçons aussi d'ailleurs. Ça sert. Y'a du boulot !

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