Aujourd'hui, c'était les adieux au Matsuba. J'ai laissé des bombons panda aux gamins, qui sont tous venu me remercier en ribambelle. Tout le monde m'a demandé de revenir très vite. Kataoka-sensei a dit qu'il viendrait peut-être voir mon passage de grade au Tokyo-budokan dimanche. Je dois me faire ramener par Shintani-sensei, qui veut m'emmener à l'exposition de calligraphie du quartier dans le sanctuaire local.
Je viens aussi de recevoir un mail de Naoto, un des membres du staff de Sakura House avec qui je me suis particulièrement bien entendu (même si globalement, je les kiffais tous). Il m'a envoyé la photo qu'on a prise ensemble avant que je quitte les lieux :
Retour éclair à Tokyo pour une visite nostalgique des petites rues de la Ville basse, des amis d'antan et des dojos de quartier. Au programme du périple, la Sainte Trinité des ustensiles du parfait Gaijin Tonic : Au nom du Sabre, du Pinceau et des Saintes Baguettes, vous avez ma bénédiction pour me suivre pas à pas dans ces lignes. Amen.
Avertissement
ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !
Cheers.
mercredi 2 mars 2016
Keep it up!
Aujourd’hui, c’est le début de la fin, c'est-à-dire que
commence maintenant la dernière semaine, forcément la plus chargée. Pas un
instant à soi. Il faut dire au revoir, régler des détails, rencontrer des gens,
en quitter d’autres, préparer les souvenirs de départ et d’arrivée, et ne rien
oublier dans la bataille.
Ce matin, c’était facile : calligraphie. Selon le
développement organique des choses, tout le monde à Matsugaya est désormais au courant que je suis pressenti comme
successeur de M. Kobayashi à la tête
de son temple. Tout le monde est convaincu que c’est une excellente idée, que c'est la chose la plus naturelle du monde, et me presse d’accepter l’offre sans retenue ; on n’y voit que des
avantages : la jeune femme est charmante, la famille possède du terrain,
la secte concernée est une des plus souples (pas besoin de se raser la tête),
et puis la kesa m’irait très bien il
parait. Bref, à chaque leçon de calligraphie le moment vient toujours où
l’ambiance est plus à l’agence matrimoniale qu’à l’écriture… A part ça, j’ai
quand même réussi à faire des progrès en tensho, autant que je déteste toujours ça terriblement (mais Kitamura-sensei a le don de me pousser à faire ce que je n’aime
pas, et comme ça je fais des vrais progrès sur le reste). Parce que ma sakuhin (traduisez par « œuvre
d’art » si ça vous amuse) pour l’expo locale de ce week-end est prête, et
je me suis donc lancé spontanément dans une œuvre de reisho qui m’a attiré l’œil ce matin : c’est [侍歌] (littéralement : chant de samurai), et c’est très joli, ça
m’inspire beaucoup. Pourtant la reisho c’est balèze, et je ne suis pas
très doué pour ça. Mais dieu que c’est kakoi !
C’est trop la classe quoi. Je ne peux pas vous montrer en photo, parce que ma
batterie a apparemment rendu l’âme définitivement. Je verrai ce que je peux
faire en empruntant éventuellement du matériel à quelqu’un.
Parce que oui, il faut pêle-mêle que je mette tout le monde
au parfum, mais je viens de changer de crèmerie : mon offre discount en
dortoir à 8 chez Sakura House expirait avec le mois de février. Comme nous
sommes entrés joyeusement dans le mois de mars, je suis maintenant chez Kiyo-san,
dans une charmante maison japonaise typique de la ville basse, avec trois
étages et un balcon sur le toit, plusieurs chambres et une douzaine d’occupants
internationaux qui se partagent tout ça, toujours selon la fameuse règle des
porcs-épiques de Schopenhauer (relisez vos classiques si vous êtes largués,
j’en ai déjà parlé avant, il fallait suivre). Comme en plus ça grouille de Français ici, j’utilise mes trois langues à tire-larigot comme au bon vieux
temps, à ne plus trop bien savoir en quoi je parle, l’important étant de
communiquer quoi qu’il arrive en chemin. On glisse des mots anglais au détour
d’une phrase japonaise pour se faire comprendre d’un australien novice, on fait
un encart explicatif en français, on repart sur de l’anglais pour que tout le
monde comprenne en mettant du vocabulaire japonais dedans pour faire plus
authentique, et puis parce qu’on ne trouve plus ses mots de toute façon, donc
on parle, et c’est tout ce qui compte.
La maison est essentiellement en bois, en panneaux de papier
et en tatamis, c’est pourtant relativement récent et propre, c’est parfait. Il
y a une vraie salle de bain japonaise avec la baignoire et tout, et ça c’est un
bonus à mes yeux parce que ça me manque toujours en France, de pouvoir me poser les fesses sur mon tabouret en plastique au milieu de la salle d’eau et
d’arroser le carrelage dans tous les sens pour me laver à grande eau sans que
ça pose le moindre problème.
Cerise sur le gâteau, il y a un vrai living avec le fameux « trou » au centre des tatamis, sur
lequel est posée la table du salon qui le recouvre, auto-chauffante et doublée d’une couverture. La définition même du mot « confortable ». Je pourrais me passer de lit et dormir là chaque nuit s’il
fallait. Vous ne pouvez pas savoir comme ce simple objet change votre vie en
hiver (ça et la cuvette chauffante des toilettes).
Pour le reste, la maison est un joyeux bordel absolu digne
de l’Auberge espagnole, il n’y a pas
un rangement qui ne vomisse des fringues ou des objets divers n’appartenant à
personne, l’évier reste à peu près dégagé, mais l’égouttoir n’est qu’une vaste
pile de vaisselle en séchage permanent, il y a des notes et des indications à
chaque porte et à chaque interrupteur, des règles de vie dispersées dans toute la
maison, agrafées sur les portes ou sur les robinetteries, des chambres à lits
superposés séparés par un cordon de linge dont on ne sait pas trop s’il est là
pour sécher ou pour garantir un minimum d’intimité au dormeur, et le toit enfin
est un vaste amalgame de linge, de cintres et de vieux trucs inutiles qui
traînent. C’est parfait.
Après la calligraphie, j’avais immédiatement rendez-vous à
nouveau avec Ichirō
Yamaguchi, parce qu’il voulait qu’on se revoit un peu avant mon départ. Son
granf fils Shun-no-suke est venu
avec nous, et ils m’ont (encore !) invité dans « le meilleur resto de
Tokyo pour les tempura soba »
(selon Ichirō).
C’était un petit resto sobre mais très classe au rez-de-chaussée dans le
quartier de Nihonbashi, et les
serveuses ont tout de suite accueilli la famille comme s’ils se connaissaient
depuis longtemps (parce qu’apparemment c’est le cas). C’était super bon, et on
m’a félicité sur le fait que je faisais des progrès pour manger les nouilles à
la japonaise, c'est-à-dire en les aspirant tout rond, presque sans mâcher, et
en faisant beaucoup de bruit pour montrer que c’est très bon, mais surtout sans
asperger ses voisins de soupe en en mettant partout. Bruyamment ne veut pas
dire malproprement, il faut savoir trouver cet équilibre délicat pour manger
les pâtes avec grâce au Japon.
L’étape suivante, c’était de flâner à Ginza pour découvrir
des magasins de papeterie de référence pour la calligraphie, les cartes
postales et les tas de petites choses mignonnes qu’on trouve au Japon pour
décorer tout ce qui peu l’être, du plus grand chef-d’œuvre au barbouillage le
plus innocent. Ichirō a réitéré son offre concernant
la maison de son père, récemment décédé, dans laquelle je suis censé venir
passer mon prochain séjour au Japon plutôt que de payer l’hôtel. Les mauvais
esprits feront remarquer que l’âme du grand-père hante peut-être encore les
lieux, mais moi je ne sais pas comment remercier tant de gentillesse et de
prévenance, parce qu’une maison en plein cœur de Tokyo réservée pour moi, c’est
pas trop rien. En plus il n’a même pas voulu que je paye le thé qu’on a pris
plus tard dans l’après-midi, pas moyen. J’ai juste pu donner quelques conseils
à Harutsune-kun en passant à la
maison pour ses révisions d’examen de seconde.
De
retour chez Kiyo, j’ai fait mon
paquetage, et c’était reparti pour l’entraînement du soir au Riverside Sport Center avec Tadashi-sensei en personne (celui qui
ressemble à un grand Américain avec un visage tout ridé. Il a un petit côté
Clint Eastwood, avec le même genre de rictus à la bouche. Un grand mec tout sec
qui a l’air de vous frapper sans même bouger tellement on dirait que ça s’est
produit comme ça, incidemment, sans y penser). Sa remarque principale (et
essentielle) a été que mes cordons de casque sont trop long. 40 cm max. Bien
monsieur. J’ose le dire ? C’est parce que j’ai fait un bon keiko je crois. Ce soir j’avais la
patate. Pas que ce soit parfait, certainement pas, mais justement : en ce
moment j’ai laissé tomber la perfection, et ça porte ses fruits.
Avant
que je parte, Saigawa-kun s’est bien
assuré qu’on se reverrait avant mon retour en France. Le temps est compté, car
il ne me reste que demain au Matsuba
comme entraînement à Taitō-ku, mais
le gaillard y sera, parce qu’il est encore pire que moi et s’entraîne tous les
jours dans le district lui aussi. En tout cas, à 18 ans c’est un sacré sabreur,
et tout le monde le dit, moi compris. S’entraîner avec ce gamin, c’est un
plaisir et un honneur, et je pense que ça le restera longtemps.
Sorti
de la douche et de l’entraînement, je suis repassé à la maison me mettre un
coup d’Eau de Gio (Georgio Armani),
et direction le ¡ Salud ! à Nippori. Passée la femme aux
« massages » (faites les guillemets avec vos doigts à hauteur de vos
oreilles, là), j’arrive au troisième étage du Nippori Eki Mae, et je suis accueilli par la taulière si familière
et chaleureuse. Je commande o-susume
(sur recommandation) un ume-shu de
pêche, une curiosité pas mauvaise du tout (ume-shu,
ça veut quand même dire littéralement « alcool de prune », n’est-ce
pas…). Et puis maintenant que j’en suis à ma deuxième visite, je me lance de
moi-même sur la piste dès qu’une occasion se présente (c'est-à-dire dès que
cette satanée kiz’ fait la place à une salsa ou une batchata). J’ai même pu
faire deux batchata avec cette jolie fille que j’avais repérée la première
fois, et je n’ai pas été déçu, parce qu’elle danse très bien. C’est quand même
un comble que les Japonaises soient moins timides et plus sensuelles que les
Françaises quand elles dansent, non ? A bas les clichés, prenez-en de la
graine mesdames (je ne parle pas pour mes partenaires préférées, cela va
de soi, mais pour toutes celles qui pensent que la batchata sensual, ça se fait
avec une distance minimum de sécurité entre les corps et une tige de bambou
érigée dans le fondement) ! A l’intention de mes condisciples, que j'espère béats de respect et d’admiration devant mon courage, sachez que j’ai tenu
le self-challenge d'exécuter une très belle vague avec cette demoiselle (passe poétiquement appelée entre nous
« accouplement des dauphins » n’est-ce pas ?), et ça a très bien
marché (deux fois), elle a suivi tout de suite, na ! (Merci au « gilet-ceinture-bretelles », comprenne qui peut). Ça vous
en bouche un coin, hein ? Heureusement, vous n’étiez pas là pour voir le
résultat final et la grâce de l’exécution, je vous laisse tout le loisir d’imaginer
la scène…
Après
avoir salué tout le monde et assuré que je repasserai dès mon prochain séjour à
Tokyo, j’ai pris le chemin du retour, et j’étais perdu dans mes pensées, croyant
la journée terminée. Que nenni ! En descendant Kototoi-dōri depuis Negishi
(mon fief d’antan) pour rejoindre Asakusa, je passe devant la vitrine d’un petit bar qui porte ce nom
à merveille, puisqu’il devait faire 4 mètres de large sur trois de profondeur,
et se résumait donc essentiellement à un comptoir fiché au milieu pour délimiter l’espace entre la rangée de
clients tardifs et le barman. Ce dernier, un jeune japonais (la jeune trentaine
disons) croise mon regard à ce moment à travers la vitre, et derechef sort à sa porte et m’interpelle alors que j’allais dépasser son
établissement. Il y a trois personnes au bar, il est minuit, il me propose tout
naturellement de me joindre à la compagnie pour venir prendre un verre. Je crois
que j’ai bien hésité entre 5 et 10 secondes avant d’accepter. C’était tellement
insolite, inattendu, bienveillant et aimable que je n’ai pas eu le cœur de
refuser. Une nana s’en va, elle me cède sa place à côté d’une petite jeune
fille au visage rond, Tomo ; plus
loin se trouve un quadragénaire légèrement dégarni et passablement bourré, à la manière des Japonais, c'est-à-dire qu’il et joyeux et volubile et
m’apostrophe à tout bout de champ pour me poser cinquante questions à la fois.
Il s’appelle Beppo. Derrière le
comptoir se trouve Toku, comme dans Tokugawa (j’apprendrai ça plus tard au
hasard de la conversation), qui me propose du nihonshu parce qu’il n’a plus d’umeshu.
Pour ceux qui se demandent, c’est ce que nous on appelle à tort « saké »
(le sake [酒] désignant l’alcool quel qu’il
soit au Japon). On peut être encore plus précis parce qu’en fait nihonshu désigne globalement tout alcool
typiquement japonais, ce qui inclut le shōchu
par exemple si je ne fais pas d’erreur. Or le shōchu ressemble à la vodka, et il est fait à base d’orge et/ou de
patate il me semble. Pour désigner spécifiquement l’alcool de riz, je crois qu’on
dit littéralement maishu [米酒], mais honnêtement « nihonshu » fait généralement l’affaire
pour se faire comprendre.
Donc
avec déjà deux umeshu de pêche dans
le nez (parce que je n’ai pas résisté au double effet okawari dans l’établissement précédent), me voilà reparti pour un
sacré verre d’alcool de riz plutôt fin, assez sucré pour le genre, et qui se buvait
très bien. Le verre passablement généreux en lui-même était posé sur une petite
boîte carrée en bois laquée, et Toku
l’a rempli largement à raz-bord jusqu’à ce que ça déborde, en disant « service »,
c'est-à-dire que le trop-plein volontaire est pour la maison. On a trinqué bien
sûr, et j’ai passé la suite de la soirée à trinquer à nouveau (surtout avec Beppo qui n’en finissait pas de vouloir
célébrer la nuit), à papoter de tout et de rien dans mon japonais le plus
frustre et le plus amical, à jouer à une sorte de go abrégé en mangeant un œuf frais de poule élevée en pleine air
avec un bol de riz, une demi-patate et de la sauce soja, et à s’amuser à écrire par
défi des séries de kanji sur des
bouts de papier, un peu comme on aurait fait un blind test au karaoké, tout ça pendant une bonne heure et demie,
qui s’est écoulée comme un pet dans le vent.
Et du coup, de fil en aiguille, j’ai rendez-vous demain midi
avec mademoiselle Tomo pour aller
manger des sushis à Akihabara dans un
resto où bosse un de ses coloc. Je me suis dit que je me devais bien ça.
dimanche 28 février 2016
Donburi avec les copains
Ce matin, je suis allé à un entraînement exceptionnel donné
par Itō au Keishichō,
spécial koryū
(anciennes écoles) pour les anciens, et préparation au passage de grade pour
les personnes concernées. Ça a été très profitable. Rien que dans la matinée, j’ai
dû passer une demi-douzaine d’examens blancs, sans compter toutes les remarques
particulière des professeurs et les exercices qui s’intercalent au milieu. A la
toute fin, j’ai fait 5’34’’, qui a été déclaré le meilleur temps parmi l’assemblée
des candidats (tout le monde était trop rapide, mais il faut quand même ne pas
dépasser 6’ ; on considère généralement que 5’30’’ environ pour cinq katas,
c’est bien). Malgré le monceau de remarques et de conseils, j’ai été
passablement félicité pour ma pratique. Je sens qu’en deux semaines seulement,
j’ai fait d’énormes changements dans mon iaido.
![]() |
| Peter & me |
Après la douche de midi, est venu le moment plus important
de cette magnifique journée : je suis allé retrouver les anciens de IHouse à Akihabara Electric Town pour le déjeuner ; cela faisait
presque trois ans que je n’avais pas vu la bande, Loris, Max, Lucio et Marco, la dreamteam internationale
de ma colocation à Meiji Daigaku.
Nous avons tourné un peu avant de nous décider pour un donburi juste en face de M’SPop Life Department Store (pour moi c’est un point de repère célèbre, mais
j’ai toujours l’impression d’être le seul à connaître ce truc à Akihabara).
On était tellement content de se retrouver, c’était super. Chacun
d’entre eux travaille à Tokyo désormais, et ils m’ont tous enjoint de venir les
rejoindre. Lucio et Marco vont même emménager ensemble à Kita-senju. Tout ça est arrivé presque par hasard, grâce à Peter,
un Coréen qui avait fait l’ascension du mont Takao avec nous pour la cérémonie du lever du soleil du nouvel an
2013 (Heisei 25). Ce gars m’a reconnu
il y a quelques jours alors qu’il était de passage au Sakura House Hotel, et m’a engagé à reprendre contact avec les amis
après m’avoir appris qu’un grand nombre d’entre eux étaient actuellement en
ville.
C’était tellement bon de passer cette après-midi ensoleillée à nouveau entre nous, comme au bon vieux temps, qu’on a décidé de remettre ça avant mon départ, pour dimanche soir prochain. Il faut dire qu’on a été tellement proches les uns des autres, entassés tous les matins entre 8 et 9 heures pendant un an dans les transports en commun de la Keio line, depuis Meidaimae jusqu’à Shinjuku…
![]() |
| Marco - Max - Me - Lucio - Loris * La dame qui a pris la photo, elle aimait bien son restaurant !... * |
Cheers everybody.
samedi 27 février 2016
Salsa Sudada
Oubliez tout ce que vous avez pu voir au Blogg. Il existe un
autre monde, un autre univers, une autre dimension dans laquelle on danse la
salsa pour de vrai (déjà parce qu'on y passe presque exclusivement de la salsa toute la nuit). Je viens enfin de comprendre ce soir pourquoi Mickaël
répète qu’en France le niveau est mauvais. Je ne sais pas ce qu’on trouve à
Paris, ni même au Ninkasi, mais je n’aurai plus honte de me lancer au Blogg.
Même les meilleurs danseurs là-bas ne sont rien comparés à ce que j’ai vu ce
soir.
En arrivant au Salsa
Sudada déjà, je sens qu’il y a un certain niveau. La piste n’est pas très
grande (il faut danser petit), mais les couples qui sont là connaissent
généralement leur affaire. Du coup, je reste un bon moment, timide, sur le
bord. Finalement, le DJ lance Abre Que
Voy. Je me dis « si je me lance pas là, ça sera de pire en pire :
je vais ruminer ma médiocrité en voyant danser les autres, et je ne bougerai
pas de la soirée ». Alors j’invite, en prenant les précautions d’usage (je
suis débutant, ça fait 4 mois que j’ai commencé, tout ça). J’enchaîne plusieurs
danses avec plusieurs cavalières, en faisant des pauses de temps en temps. Des
fois ça passe, des fois ça ne passe pas, ça dépend des danseuses. En tout cas,
elles ne sont pas timides. Côté sensualité, on est des frigides chez nous à
côté de ce que j’ai vu ce soir. On fait de la salsa bien sage.
Du coup, facile d’inviter, difficile d’assurer derrière. En
plus, je fais de la salsa cubaine, et j’ai bien vu que ça surprenait un peu mes
partenaires. Le dile que si
notamment, elles ne connaissent pas trop sous la forme qu’on fait nous. Pour le
reste, heureusement, Mickaël nous a quand même bien appris à guider, donc ça
aide à lancer les figures. Vu le niveau, même si elles ne connaissent pas, du
moment qu’on guide, les danseuses suivent. Le problème, c’est les temps. Moi j’en
suis encore à compter les temps, alors que ces filles-là, elles sentent immédiatement
quand tu sors de la mesure, et ça les embarrasse. Ça se lit sur le visage,
cette expression un peu surprise du « mais qu’est-ce que tu fais là ? T’es
perdu ? Comment est-ce possible ? ». Désespoir.
Mais le coup de grâce, c’est qu’à un moment ils ont lancé je
ne sais quelle musique, et trois couples à l’air anodin ont pris possession de
la piste. Il y en avait notamment deux, un grand Noir massif avec une petite
métisse aux cheveux frisés et un Japonais à la peau brune, petit
chignon-catogan, avec une asiatique en débardeur rose, mini-jupe et bas
résilles. Elle avait même l’air un peu vulgaire à première vue comme ça. Et ben
c’est la première fois que j’ai vu ça. C’était incroyable de style, de
précision, de rythme… Personne n’a même essayé de leur disputer la piste. Tout
le monde s’est rangé, et on a contemplé. A un moment (surement pas le plus
difficile, mais le plus marquant en tout cas), le danseur a fait tourbillonner
la fille autour de lui ; elle faisait des tours sur elles même sans s’arrêter
à une vitesse incroyable, et en plus le danseur la menait en révolution autour
de lui. Et puis il l’arrêtait d’un coup, exactement en rythme avec la musique lorsqu’elle
finissait sa phrase.
Là-dessus aussi, je me suis rendu compte qu’il y avait du
boulot : ces danseurs-là, ils n’en sont plus à compter parce qu’ils sont
beaucoup plus loin : ils sentent les phrases musicales, et ils s’adaptent
tout au long de la musique selon l’ambiance et les phrasés. Toutes leurs
figures sont prévues longtemps à l’avance, en fonction de l’évolution de la
musique, et s’achèvent impeccablement au bon moment.
Bref, c’était sublime.
Je suis rentré, blasé, par le dernier métro (en faisant des
contorsions de ligne pour tenter d’arriver chez moi, et j’ai quand même dû
faire 5 ou 6 bornes à pied le long de la Sumida
parce qu’à cette heure-ci la Ōedo-sen s’arrête à Kiyosumi-shirakawa, soit trois bonnes
stations avant celle que je visais, qui est déjà un peu éloignée d’Asakusa). Bref, coup dur dans un sens,
motivant dans l’autre. Il reste du chemin à parcourir !
Et les filles ? Travaillez vos tours. C’est un
investissement sûr. Les garçons aussi d'ailleurs. Ça sert. Y'a du boulot !
jeudi 25 février 2016
Séminaire (Budo style)
Chers amis, cette enveloppe à l'air anodin que je viens de recevoir à l'Hôtel Sakura House m'est envoyée directement de la part de l'Université Internationale des Arts Martiaux de Chiba (Kokusai Budô Daigaku) pour m'annoncer que ma candidature au stage du week-end prochain a été acceptée !
Je vais pouvoir prendre la température de ce saint lieu des arts martiaux japonais, rencontrer des tas de gens, et bien sûr pratiquer à l'essai parmi les 9 arts martiaux modernes répertoriés par la fédération (Kendô, Jûdô, Kyûdô, Naginata, Karate-dô, Aikidô, Shorinji-kempô, Sumo, Jûkendô).
Le plus triste, c'est que je ne peux même pas rester jusqu'au dimanche puisque... je présente mon 3ème dan de iaidô au Tokyo Budokan ce jour-là.
Je pense qu'ils comprendront...
J’suis trop gavé !
Nom de Dieu, ils m’ont gonflé les vieux aujourd’hui ! J’avais
envie de tous les tuer. Ils ont profité de ce que ni Itō ni Hata-sensei
n’étaient là pour « prendre en main » les petits jeunes qui passent
des grades, et particulièrement ceux qui viennent de France et qui ne savent
pas bien faire tout comme il faut – c'est-à-dire moi.
Autant Itō
est kibishii au sens de sévère, c'est-à-dire
qu’il veut que les choses soient exécutées vite et bien tel qu’il le dit,
autant les vieux sont kibishii au
sens d’exigeant, c'est-à-dire qu’ils ne vous lâchent pas tant que chaque
mouvement n’est pas absolument parfait, comme si j'allais passer mon 7ème dan la semaine prochaine. Et quand ils ont une idée en tête, ça
peut durer longtemps. Après trois heures d’entraînement de 6 à 9, ils s’y sont
mis à trois acharnés et se sont obstinés à me faire exécuter parfaitement uke-nagashi. Non content de faire 5
corrections contradictoires à la fois, ils m’ont fait recommencer le kata des
dizaines et des dizaines de fois, en secouant la tête à chaque mouvement, en m’arrêtant
à chaque nouvelle étape, ou en prenant leur petit air pincé en inclinant la
tête de côté : « Iyaa… mada !
Mo ikkai yatte mite ? ». Et c’est reparti. A la fin, je ne savais
plus où étaient ma jambe gauche, ma hanche droite, mes genoux, mes pieds, j’étais
sans dessus dessous. C’est les gars du service qui m’ont sauvé en nous virant,
parce que la salle était utilisée à partir de 10 heures. Et encore, Yamaguchi-sensei, un très grand type tout
maigre et tout en longueur avec juste une couronne de cheveux gris qui va d’une
oreille à l’autre, a insisté pour que je refasse une fois tout le cérémoniel d’entrée
et de sortie du terrain d’examen, parce qu’il y avait « un petit quelque
chose qui clochait et qu’il voulait porter à mon attention ».
Je peux vous dire que si avec tout ça je n’ai pas mon 3ème
dan, je ne sais pas ce qu’il faut subir pour l’avoir !
Heureusement au Japon, la peine est souvent récompensée, et
il m’a offert le petit déj’ après la douche. Un autre senpai qui était à table avec nous a ré-insisté pour que je demande
à venir faire les entraînements de kendo le matin au keishichō (la préfecture de police),
mais j’ai senti que ça bloquait un peu Itō
la dernière fois que ça a été évoqué, et Onikubo
ne m’en a pas reparlé non plus, donc j’ai décidé de ne pas insister. Par contre,
ce même monsieur m’a dit qu’il pouvait me recommander quand je voudrais dans un
dojo près d’Ikebukuro où se trouvent
apparemment des professeurs de très bon niveau. J’ai sa carte, j’irai sans
doute y faire un tour un jour…
mercredi 24 février 2016
¡ Salud !
Comme je le craignais, les Japonais, quand ça fait quelque
chose, ça s’y met à fond. La salsa ne fait pas exception, et même plein de
confiance et d’assurance, mettre les pieds dans un club de salsa tokyoïte après
3 ou 4 mois de cours, c’est risqué. Bonjour le niveau, et bonjour la honte,
surtout après deux semaines sans danser.
J’ai enchaîné ça tout de suite en sortant d’entraînement ce
soir, donc c’était 19h-21h kendo, puis marcher jusqu’à Nippori, puis 22h30-12h salsa/batchata. Tout un programme !
J’ai eu ma petite surprise en arrivant dans le quartier,
parce que moi j’habitais juste à côté, à Uguisudani,
en plein dans les Love Hotels, mais
je ne connaissais pas du tout les environs de la gare de Nippori. En fait, c’est très animé la nuit, et c’est un peu l’ambiance
chaude qui prélude à Uguisudani :
on trouve une foultitude de Garuzu-kurabu,
comprenez Girls Clubs, où on peut
fréquenter et payer des coups à des jeunes femmes pour quelques milliers de yen
seulement les 40 minutes. J’avais à peine mis les pieds dans le quartier qu’il
fallait me débarrasser d’une alpagueuse tenace qui me proposait ¥3000 le « massage ».
J’avais oublié que cette partie de la frontière Taitō-Arakawa a gardé une partie de ses traditions
depuis l’époque où c’était le « Red
Light District » de Tokyo…
Une fois réfugié chez ¡ Salud !,
ambiance chaleureuse ! C’est presque chez l’habitant : espace intimiste, tout le monde se connait, un petit comptoir, une estrade pour le DJ,
et une piste de danse qui fait la taille d’un grand salon. Ce soir, j’étais le
visage inconnu, le nouvel arrivant ; je m’attendais un peu à la gêne japonaise
habituelle face à l’étranger qui débarque et je pensais devoir faire des démarches
pour obtenir une cavalière, mais bien au contraire dans ce petit nid discret au
3ème étage d’un building du quartier, le sang chaud de la danse
latino l’emporte sur la bienséance : après quelques mots d’introduction,
la taulière m’a rapidement jeté dans les bras d’une danseuse au cours d’une
batchata de passage, histoire de voir ce que j’avais dans le ventre. Deux
danses plus tard, le DJ, qui semble être aussi le patron du bar, vient
naturellement me taper la causette (et en japonais, s’il vous plait, pas en anglais
pour touriste) ; il me dit d’entrée : « Ton prof est cubain ? »
Je dis « Non, il est français, pourquoi ? » « Ben, parce
que c’était de la salsa cubaine que tu dansais, non ? ». Donc le gars
connait son affaire. J’ai creusé un peu, ça fait des années qu’il danse, il a
voyagé en Amérique latine et parle apparemment l’espagnole et un peu de
portugais. Le professeur du lieu, Ryū,
est un métisse japonais-latino qui si j’ai bien compris a introduit la batchata
au Japon (ou en tout cas contribué à la faire).
Seule petite déception, leur spécialité (ce soir en tout
cas), c’est la kizomba : une chanson sur deux. Or moi je ne sais pas du
tout la danser. Ça fait quand même plaisir de voir toutes ces jolies Japonaises
sexy et impeccablement maquillées faire des déhanchés sensuels sur les rythmes
inégaux de la kiz’. La femme du professeur m’a même entraîné pour une danse,
mais je n’ai pas pu faire grand-chose de plus que les pas de base. Je l’ai vu
danser avec lui ensuite, c’était autre chose…
Bref, je garde l’adresse, c’est à refaire ! Je vais
réviser mes passes…
dimanche 21 février 2016
Programme dominical
Dimanche matin, on constate que l’ume-shū ingurgité à outrance la veille était de bonne
qualité : pas de gueule de bois. 8h/8h30, l’heure de se mettre en route
pour Minowa, où je compte bien
renouer avec le Sanshin Ken-yū
Kai, où j’ai
mes matinales habitudes dominicales. C'est-à-dire qu’ils ont un horaire très
pratique pour qui se sent d’attaque, tous les dimanches matin de 9h à 12h.
[9h-10h] c’est préparation, échauffement et kata,
sous l’œil attentif des professeurs, comme toujours – et croyez-moi, ils sont
callés. Où croyez-vous que j’ai mérité mon surnom de Bokkenman ? Un an d’assiduité, tous les dimanches matin.
[10h-11h] on fait travailler les enfants (de plus en plus nombreux dans ce
dojo), en leur servant de moto-dachi
(cibles) pour des séries de kihon
(exercices de base) sur les frappes fondamentales de kendo. Et croyez-moi, ils
en bouffent, les gamins. On fait trois fois leur taille, et ils se jettent dans
l’action sans même y penser. Des fois je m’amuse un peu, je leur colle un
« kote ! » discret sur
un moment d’inattention, ça les fait marrer. [11h-12h] au tour des grands de
jouer le jeu : on se met en rangs face à face, et c’est nous qui
enchaînons les séries de techniques ; kiri-kaeshi,
seme-men en grand, men de loin en direct, kote-men, men ni tai-shite ōji waza, j’en passe, et des meilleures. On finit
par mawari-geiko, c'est-à-dire des
successions de combats entre nous en changeant d’adversaire à chaque fois que
le Maître de cérémonie en donne l’ordre, en l’occurrence, un petit costaud
d’une soixantaine d’année avec une large tête plate de tortue, un air pas trop
commode mi-figue mi-raisin et des yeux mi-clos derrière des lunettes ovales. Je
le soupçonne d’être 7ème dan, vu son kendo. Il y avait aussi en guest star Kaneda-sensei (7ème dan aussi) du Honbu, qui est passé dire bonjour. Dans la suite des combats, je
les ai affronté tous les deux, et ils m’ont fait des corrections très
enrichissantes. Je vous montrerai ça en rentrant, hé hé hé…
Par la
suite en combat libre, j’ai aussi affronté un des jeunes adultes que je connais
depuis longtemps, il est grand et large et souple et rapide, et toujours un sourire épanoui sur son visage, c’était un combat dense et musclé. Pour
finir, j’ai eu la possibilité de présenter mes hommages à Hirai-sensei, que j’aime beaucoup parce qu’il me fait penser à un
moine bouddhiste : un corps et une personnalité sans angles ni aspérités,
pas très grand, un peu costaud, une tête ronde et un visage avenant avec le
crâne complètement chauve, toujours souriant aussi ; il y a toujours quelque chose de joueur et avenant qui flotte sur sa figure, même quand on le voit
concentré dans son combat, c'est assez extraordinaire.
J’ai
fait de mon mieux pour ne pas le décevoir ; je crois qu’il était
satisfait.
![]() |
| Entre Sky Tree et... une merde dorée |
Du
coup, on a jeté notre dévolu sur une tour voisine où justement le point de vue sur
le Sky Tree est intéressant (c’est un
petit building de 30 étages seulement, autant dire un nabot à côté de la grande
sœur qui culmine à 634 mètres). On a tourné là-bas en papotant à la recherche
de petites douceurs pour faire passer le repas, et on a fini par s’acheter des
glaces et milk-shake décadents dans une de ces échoppes dégoulinantes de sucre
et de crèmes glacées de toutes les couleurs vives les plus écœurantes du monde,
façon clip des AKB48.
On est ensuite rentré par le train à Asakusa, parce que j’avais rendez-vous avec les Yamaguchi l’après-midi (j’ai un emploi
du temps de ministre). Heureusement qu’il me restait de la place dans l’estomac
(certains diront qu’il me reste toujours de la place dans l’estomac),
parce qu’ils m’on emmené dans « un petit resto informel où on pourra
discuter de manière détendue », c'est-à-dire qu’on s’est retrouvé dans le
resto d’un grand hôtel (de Ginza je crois, pour vous dire que c’était très
informel), attablés devant un buffet garni de rangées de plats les plus
simples, allant du velouté de crevettes jusqu’aux toasts de foi gras, en
passant par les pattes de crabe et le sukiyaki
grillé juste pour vous par le chef. Mais aussi du kara-age, du poulet rôti, des rouleaux de printemps, et pour finir
bien sûr des petits pains, deux ou trois tartes, des mousses de fraises et
quelques gâteaux ; bref, on se serait un peu cru au début du Voyage de Chihiro, en moins onirique et
avec plus de couverts. Comme c’était très informel, on a pu avoir une agréable
conversation à bâton rompu avec toute la famille ; Shun-no-suke, l’aîné, va bientôt commencer le travail dans une
compagnie de location (de voiture ?), et Harutsune-kun, le cadet, que j’ai connu tout petit kendoka acharné,
commence déjà à préparer les examens d’entrée à l’université, puisqu’il est en
première année de lycée. Pression, pression. On m’a encore félicité à propos de
mon japonais qui s’est amélioré, et même si je pense que ce n’est pas vrai
littéralement, je dois dire que je me sens beaucoup plus à l’aise dans mes conversations
depuis l’été dernier. C’est donc comme ça que je me suis défendu du compliment,
en disant que c’était seulement l’habitude qui rendait mon débit plus naturel.
Je me rends compte aussi que mon vocabulaire, s’il ne s’est pas vraiment étendu,
s’est considérablement renforcé : j’utilise toujours les mêmes domaines de
mots, et je suis perdu dès qu’on en sort, mais je n’ai plus à faire d’effort
pour utiliser ce que je connais, et c’est vrai que ça change ma vie
quotidienne. Ça donne du chien à mes conversations, et je constate avec plaisir
que les inconnus me disent de moins en moins « Ah ! Jōzu ! » dès
que j’ouvre la bouche pour dire bonjour ou merci. Le fait est qu’en général
quand j’ouvre la bouche maintenant, c’est pour enchaîner des phrases complètes
qui demandent une réponse précise, et plus personne ne perd son temps à faire l’étonné
devant le gaijin qui vient de faire
une pirouette : on m’indique en deux-trois mots polis le rayon des surgelés, et
puis on retourne à ses affaires.
A ce sujet, j’en profite pour dériver sur un sujet d’actualité
qui m’a amusé récemment, c’est le succès sur Twitter du hashtag
SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs. Il s’agit de dénoncer le racisme ordinaire à
l’encontre des Noirs en France en retournant les exemples de phrases
désobligeantes, de préjugés ou de clichés que les Noirs doivent subir au
quotidien de la part des autres Français. Je comprends la démarche et la
nécessité d’ouvrir les yeux de la majorité sur cette réalité quotidienne, mais
j’avoue avoir été un peu agacé malgré tout par l’idée sous-jacente que les Blancs ne subissent pas ce genre de méprise ou d’exagération. Dans mon
expérience, ce genre de xénophobie existe bel et bien dans les deux sens. Je n’aime
pas parler de racisme, parce que le racisme me semble désigner quelque chose de
plus profond, de plus violent et de plus volontaire. Mais la xénophobie
quotidienne, cette peur de ce qui est différent ou étranger à soi, croyez-moi,
elle existe partout dans le monde et se tourne précisément vers tout ce qui est
naturellement inconnu des locaux. Combien de fois ai-je eu à subir ces petites
phrases vexantes au Japon, sur la fréquence de nos bains, sur la manière de se
brosser les dents ou sur l’alimentation, l’éducation, les vacances, le chômage,
la manière de travailler ou que sais-je encore ? Et c’est bien un Nigérien
tout noir qui m’a demandé un jour si c’était vrai que les Français ne se lavaient
que deux fois par semaine. Mon frère aussi a déjà été témoin de cette xénophobie renversée de certains Noirs envers les Blancs. Penser qu’il s’agit juste d’un
effet de miroir vengeur est à mon avis une erreur. Nous avons tous en nous
cette tendance à cultiver les idées reçues sur ceux qui nous sont différents,
surtout lorsqu’ils sont minoritaires dans notre environnement ou dans notre
quotidien. Etant à la frontière de ces deux cultures, je suis autant désolé des
préjugés français sur le Japon, les Japonais ou les Asiatiques en générales que
je le suis des préjugés asiatiques sur les Occidentaux. En fait, par le jeu d'identification, je me sens vexé dans les deux sens (comprenez donc la délicate position des immigrés en France, qui retournent au Bled durant les vacances). Mais pour moi, ces
remarques souvent assez légères, faites sans y penser et sans réelle intention de méchanceté, même si elles sont très usantes à la longues, sont
surtout les marques d’une certaine naïveté et d’un manque de dépaysement, comme
quand une jeune étudiante plante son visage à 20 centimètres du mien pour
observer mes yeux gris-bleus avec curiosité, amusement et… envie.
En conclusion, je ne suis pas certain qu’il soit nécessaire
de vouloir toujours faire une spécificité du racisme quotidien à la française.
Il faut le relever, le corriger, mais il ne faut jamais oublier que les
préjugés sont toujours à double sens et à double tranchant. Avant toute chose,
il me semble urgent de pousser les autres à faire eux-mêmes le voyage vers l’étranger
– pas le tourisme béat et passif qui ne fait qu’empirer les choses, mais le
vrai grand voyage, celui qui commence seul et qui finit entouré d’amis. Ça n’est
qu’ainsi qu’on œuvre vraiment pour tuer la vexation des petits commentaires
ordinaires, qu'on éduque et qu'on assouplit son esprit, et qu’on apprend à aimer sincèrement l’étranger.
Le Japonais facile (en 4 ou 5 verres)
Prenez 1 bon verre de bière, ajoutez-y 3 ou 4 ume-shû rokku, laissez reposer le tout 15 minutes ; ça y est, vous parlez parfaitement japonais, et vous comprenez parfaitement vos interlocuteurs (qui sont plus ou moins dans le même état de grâce que vous). Mieux que la méthode Assimil. Et moins cher ! Pas moyen de payer, il a encore fallu que je me fasse inviter par tout le monde chez Ari-san, le petit resto chinois de quartier qui accueille depuis maintenant 5 ans les rendez-vous de la Shimizu-Team. Tout est fait maison, c'était excellent, comme d'habitude. Il y avait bien sûr Yukiko, qui avait réservé les lieux, et puis madame Yamaguchi, le fils Kataoka Shôta et Shintani-sensei, et puis à ma table l'équipe de choc : Shimizu-san himself, Kataoka-sensei, et à mes côtés le fidèle Nagase, qui s'est fait chambrer toute la soirée parce qu'il boit plus qu'il ne mange. On a parlé kendo, kendo, kendo, mais aussi diététique, football, blessures & os brisés, et ainsi de suite, et on a franchement rigolé. Comme quoi, le japonais, c'est pas si compliqué. Il suffit de quelques verres, là.
Tout le monde s'est aussi demandé en cœur pourquoi c'était si facile de me battre alors que j'avais un bon kamae (une bonne posture de garde) et que j'étais très rapide. Kataoka-sensei a dit qu'il étudiait activement la question ces derniers temps (quel honneur d'être l'objet de recherche d'un 7ème dan !), et au-delà des conseils qu'il m'a donné aujourd'hui sur le seme (la manière d'entrer de façon menaçante dans la garde adverse), il m'a dit qu'il pensait que ça avait à voir avec mon armé : la réponse unanime, c'est que je suis trop gentil. Je ne suis pas capable de présenter dans mes assauts une opposition inconditionnelle. Notamment dans l'armé, Kataoka dit que j'ai tendance à découvrir l'axe de mon casque au lieu de foncer droit à l'adversaire. Nagase, qui m'a gagné en ippon-shobu peu avant, dit qu'avec moi c'est comme s'il voyait des petites cibles blanches s'afficher durant le combat sur les endroits à frapper. Bref, j'ai une sorte de kendo pédagogique...
Voilà donc aussi l'intérêt des nomikai d'après keiko : c'est là que les professeurs vous parlent vraiment de kendo et posent les questions profondes. J'ai toujours connu Kataoka comme ça : il est très gentil et donne des explications précieuses après l'entraînement, mais il se révèle particulièrement quand on va boire un coup avec lui. Dans ces moments-là, on sent la passion du kendo qui l'anime, parce qu'il peut en parler pendant des heures sans se lasser et sans laser son auditoire non plus.
Reste maintenant à méditer tout ça et à changer de personnalité, encore.
Tout le monde s'est aussi demandé en cœur pourquoi c'était si facile de me battre alors que j'avais un bon kamae (une bonne posture de garde) et que j'étais très rapide. Kataoka-sensei a dit qu'il étudiait activement la question ces derniers temps (quel honneur d'être l'objet de recherche d'un 7ème dan !), et au-delà des conseils qu'il m'a donné aujourd'hui sur le seme (la manière d'entrer de façon menaçante dans la garde adverse), il m'a dit qu'il pensait que ça avait à voir avec mon armé : la réponse unanime, c'est que je suis trop gentil. Je ne suis pas capable de présenter dans mes assauts une opposition inconditionnelle. Notamment dans l'armé, Kataoka dit que j'ai tendance à découvrir l'axe de mon casque au lieu de foncer droit à l'adversaire. Nagase, qui m'a gagné en ippon-shobu peu avant, dit qu'avec moi c'est comme s'il voyait des petites cibles blanches s'afficher durant le combat sur les endroits à frapper. Bref, j'ai une sorte de kendo pédagogique...
Voilà donc aussi l'intérêt des nomikai d'après keiko : c'est là que les professeurs vous parlent vraiment de kendo et posent les questions profondes. J'ai toujours connu Kataoka comme ça : il est très gentil et donne des explications précieuses après l'entraînement, mais il se révèle particulièrement quand on va boire un coup avec lui. Dans ces moments-là, on sent la passion du kendo qui l'anime, parce qu'il peut en parler pendant des heures sans se lasser et sans laser son auditoire non plus.
Reste maintenant à méditer tout ça et à changer de personnalité, encore.
samedi 20 février 2016
Ménage
Ce matin, c’était le grand ménage d’hiver au dojo de la
préfecture de police. Je me doute qu’il est arrivé que d’autres étrangers,
voire d’autres Français, se soient déjà entraînés au dojo de la Police
Métropolitaine de Tokyo, mais je me demande bien combien ont eu le privilège d’y
faire le ménage ? Qui d’autre peut se vanter d’avoir briqué les augustes boiseries
de ce haut lieu des arts martiaux japonais, à l’aide d’un chiffon humide ?
Qui peut dire avec fierté qu’il est allé traquer les moutons de poussière
jusque derrière la tuyauterie de la salle d’eau, dans laquelle des professeurs parmi les plus
grand ont pris leur bain après l’entraînement quotidien ? Bien
peu, j’en suis convaincu.
Et ce n’est pas anodin, croyez-le, car au Japon, on apprécie
quand vous participez à ce genre de tâche avec vos condisciples ; c’est ce
qui fait de vous un membre du groupe à part entière : remonter son pantalon
jusqu’aux genoux et ses manches jusqu’au coudes, puis empoigner fermement un
tissu mouillé pour brosser, frotter, gratter dans tous les recoins, nettoyer le
parquet en long, en large et en travers, plonger les pieds dans le ruisseau et
rincer à grande eau les saleté dans une grande bassine, c’est ça qui vous lie à
vos compagnons de travail, qui vous attache au lieu et qui fait que vous avez
votre place dans cet endroit sacré qu’est le dojo, plus que le reigi
et le salut au kamiza, plus que la
sueur versée sur les planches.
Le ménage étant effectué entre 8 heures et 9h30, la piste
est disponible ensuite pour s’entraîner librement jusqu’à midi. Librement, c'est-à-dire
sans consigne particulière, mais sous l’œil attentif des différents sensei présents depuis le matin à vos
côtés pour récurer la place. Ces petits vieux ridicules et affairés, avec leurs
pantalons à mi-mollets ou leurs caleçons longs, accroupis ou courbés en deux pour
faire briller les joints de je ne sais quel robinet, se sont soudainement
métamorphosés en sévères gardiens ; ils dominent le terrain, droits dans
leurs hakama impeccables, le visage
impassible et le regard scrutateur, supervisant sans un mot vos moindres
mouvements.
Aujourd’hui, Itō
n’était pas là, c’est Hata-sensei [羽田] qui a pris sous son aile (c’est
le cas de le dire, pour ceux qui peuvent lire son nom, he he he…) les
prétendants à l’examen du mois prochain. J’avais un doute, mais peu à peu je l’ai
remis : il était déjà présent à mon examen de premier dan il y a trois
ans, Itō m’avait
présenté à lui, ils sont amis. Il m’a superbement ignoré pendant tout l’entraînement,
je faisais mes exercices en même temps que les autres, comme tout le monde, et
lui il faisait des remarques ou dispensait des conseils à droite et à gauche ;
moi j’étais perdu, presque vexé, tellement il ne m’adressait pas la parole. Il nous
a chronométrés deux fois sur la série de kata pour l’examen (3. Uke-nagashi – 5. Kesa-giri – 7. Sanpō-giri – 9. Soete-dzuki
– 11. Sō-giri).
A la fin, alors qu’il allait partir et qu’il commençait à empaqueter son sabre,
je m’approche, m’assoie à côté de lui, et lui demande s’il à des conseils à me
donner, parce que j’ai l’impression d’avoir manié le coupe-choux dans le vide
pendant une heure et demie sans grand résultat. Il me dit « non, non, c’est
bien. Sois juste plus bref sur les saluts, sinon tu finis après les autres et
les jurés ne regardes plus que toi, alors ça te met la pression ». Je
crois qu’il laisse à son pote Itō
le loisir et le privilège de me martyriser !
Sinon, on m’a réappris aujourd’hui à m’habiller (on m’a
rhabillé, quoi). C’est Yazawa-sensei
[谷澤] qui s’en est occupé. C’est
un petit maigre d’un certain âge, toujours souriant, une tête ronde toute
chauve, le sommet du crâne un peu aplati, le nez un peu écrasé, deux fentes
pour les yeux et des petites lunettes rondes. Droit comme un « i », rigoureux
comme pas deux et fin connaisseur de iai,
il m’aime bien et je l’adore. Il m’a fait la leçon complète sur le cérémoniel d’entrée
et de sortie du terrain d’examen, et comme je passais mal mon sabre dans la
ceinture, il m’a expliqué comment attacher son obi et les lanières du hakama
pour ne pas être embarrassé. Du coup, je me suis retrouvé à poil dans un coin
du dojo, à tout bien attacher comme il faut pour que le fourreau glisse tout
seul dans la ceinture. Il est dans cette discipline des arcanes secrètes bien
gardées, auxquelles seule la confiance patiemment gagnée, au prix de longues
années de pratique sincère, peut vous donner accès. Un jour, vous aussi vous saurez attacher votre ceinture tout seul, comme un grand.
vendredi 19 février 2016
Les Frères Fukumoto
Ce soir, il y avait un entraînement spécial au Riverside Sport Center, avec en special guest le grand-frère Fukumoto, celui qui est 8ème dan Hanshi et qui fait partie des cadres de
la Zen Ken Ren, l’Association Nationale
de Kendo. Comme on était dans une ambiance plus intime que la dernière fois que
je l’ai vu (voir Bokkenman &
Pissounet au pays de la cerise), j’ai eu le plaisir de rencontrer chacun
des deux frères, en plus de me frotter à deux ou trois autres pointures du district
(et notamment ce grand coffre-fort de Taniguchi-sensei,
qui fait des séries d’exercices de Hōjō-no-kata
avant chaque entraînement). J’étais même le premier en ligne pour le jeune
frère Fukumoto (il doit bien faire
ses 70 ans quand même). Il m’a fait courir dans tous les sens, toujours sur mon
dos à me poursuivre la pointe en avant, avec le sabre qui vient chatouiller l’arrière
du crâne quand on est encore à sa portée quand il se retourne. J’ai quand même
fait en sorte de vendre chèrement ma peau, mais comme d’habitude, j’avais le
souffle court et la gorge en feu après le combat. Ensuite, comme il a vu que j’étais
en file pour un autre professeur, il a interrompu son combat suivant pour me
jeter dans les bras d’un autre vieux qui s’échauffait sur le bord. Je crois
bien qu’il ne voulait pas trop que je me repose…
J’ai fini par le grand frère, qui m’a fait faire trois
passes avant de saluer parce que le tambour de la fin de séance avait retenti.
C’est ce qu’il a dit à l’assemblée après les saluts qui est intéressant :
1. Trop de gens attaquent incessamment sans tenir
sous la pression. Il faut essayer de tenir toujours plus loin, de voir comment
réagit l’adversaire et de ne frapper qu’en fonction de ce que l’on ressent ou
anticipe de ses mouvements.
2.
Il est important de prendre du plaisir dans le kendo. Il nous a montré son tenugui, le foulard dont on s’entoure le
crâne sous le casque et sur lequel était inscrit, entre autres, le caractère raku [楽],
qui signifie le plaisir, l’amusement, mais peut aussi avoir le sens d’être à l’aise,
ou d’exécuter quelque chose avec facilité. Cet éventail de sens est
intéressant, parce que ce que j’ai compris de son explication, c’est que malgré
le sérieux et la rigueur nécessaires à la pratique, il faut aussi savoir s’amuser
dans le combat et prendre l’opposition comme un jeu, un terrain d’expérimentations
dans lequel on forge son expérience. C’est par ce moyen que l’on acquière l’aisance
qui permet d’affronter sereinement un adversaire, même quand l’enjeu devient
vital. Même si l’explication semble
assez claire, je trouve que c’est justement un des points extrêmement délicat
de la pratique, d’arriver à conserver sérieux, rigueur et exigence élevée en
même temps que cet état d’esprit décontracté, ce côté joueur que l’on trouve
bien souvent chez les professeurs expérimentés de haut niveau.
jeudi 18 février 2016
Tsuke-men
Je me suis encore fait inviter ce midi ; on est allé
manger des ramen avec Shintani-sensei, qui bossait dans le coin et qui a donc pris sa pose avec moi, dans un petit bouiboui
très proche du Benkei de l’autre
fois, presque en face en fait. Il m’a fait goûter les tsuke-men, et c’est SUPER !
Ça se présente sous la forme d’un bol d’une mixture qui se
situe entre une soupe épaisse et une sauce un peu diluée, et les nouilles (des ramen) sont servies dans un plat à part.
La sauce est apparemment faite essentiellement avec une sauce de sésame blanc,
plus un peu de viande de porc hachée très menue, quelques légumes verts, des
morceaux d’oignon, et une sauce rouge assez épicée. On plonge les ramen dans la sauce au fur et à mesure
qu’on les mange. Ça a presque un goût de plat savoyard, c’est absolument
délicieux, je vais y retourner.
A la fin du repas, on rajoute du bouillon dans le reste de
sauce pour faire une soupe qui clos le repas (o-shimai).
mercredi 17 février 2016
Vocation
Tous mes problèmes sont résolus d’un coup. Aujourd’hui, on
vient de me proposer à la fois les deux choses qui manquaient à ma vie pour
être un homme accompli : une femme et une bonne position. C'est-à-dire que
je me suis vu offrir en même temps d’épouser une belle jeune femme et de
devenir prêtre d’un temple bouddhiste du quartier. C’était une offre spéciale,
une sorte de package « all inclusive ».
La petite histoire, c’est que je me suis fait outrageusement
draguer durant la leçon de calligraphie d’aujourd’hui par Chiyaki, une élève de Kitamura,
qui est une des trois filles du prêtre d’un temple bouddhiste qui est juste
derrière l’école Matsuba (on dirait
le début d’un conte, non ?). Il se trouve que dans ce cas, il n’y a pas de
succession masculine à la fonction, donc si j’ai bien compris, il est important
de trouver un mari qui soit prêt à faire le séminaire pour entrer dans les
ordres et reprendre le flambeau du père. Un peu comme une adoption à l’ancienne,
où l’époux d’extraction plus modeste prenait le nom de la famille de l’épouse
pour le perpétuer (parce qu’il ne faut pas croire, le patriarcat, ça s’accommode
très bien de ce genre de magouilles. Ce n’est pas parce que les femmes peuvent
transmettre leur nom de famille qu’elles deviennent soudainement libres & indépendantes.
Vous saviez ça, hein ?).
Donc moi qui me plaignais de ne jamais trop savoir quand je
me faisais draguer au Japon, Chiyaki
a levé l’ambiguïté tout de suite. Outre qu’en arrivant elle a commencé à me
réciter les quelques phrases de français qu’elle a apprises d’un chef qui
habitait près de chez elle, voyant que je calligraphiais, elle a rapidement
demandé si ça ne m’intéresserait pas de devenir prêtre bouddhiste. Dites-vous
qu’à ce moment-là, la partie était inégale, puisque je ne savais rien de sa
situation à elle, mais toute la pièce avertie a éclaté de rire sur cette
déclaration, parce que tout le monde sauf moi avait flairé le piège. Ensuite,
au cours de la conversation, quand elle a su que j’étais à l’hôtel, elle a déclaré
du tac au tac que c’était idiot, que je ferais bien mieux de venir poser mes
bagages chez elle. Quand la conversation a tourné sur sa famille et qu’on s’est
mis à parler de sa petite sœur, elle a rapidement dit qu’il ne fallait surtout
pas que je la rencontre, parce que je la trouverais peut-être plus jolie qu’elle,
et ainsi de suite et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la leçon, qui s’est du
coup déroulée dans une ambiance étrangement ludique, légère et détendue (pas qu’on
soit tellement stressés chez Kitamura-sensei,
bien au contraire, mais je suis un gars sérieux moi, je ne rigole pas quand j’écris
d’habitude, j’ai peur de faire un faux trait).
Et Kitamura de s’en
amuser et d’en rajouter en me disant « tu sais, la secte bouddhiste de son
père, c’est une des moins sévères » ou alors en prenant les autres à
témoin « c’est vrai qu’elle est mignonne, hein, Chiyaki », etc.
Bon, si t’as pas compris, t’es demeuré.
A part ça, on a fait quelques belles petites choses,
justement :
| Asobu en style gyôsho |
It's Christmas all over again!
Ne laissez jamais un kendoka tomber dans un magasin
spécialisé, c’est nettement pire qu’un groupe de nana qui fait les soldes. Les
filles, elles, elles y vont pour le plaisir des yeux. Elles ne sont pas folles ;
elles n’achètent pas. Ou du moins, pas grand-chose. Le kendoka, lui, il achète.
Je sais pourtant bien qu’il faut que je tienne avec mes ¥60 000 jusqu’à la fin de la semaine, mais je
viens d’en claquer un peu plus de 25 000 (env. 250 €) chez Eikō Budōgu
ce matin. Après tout, c’est « le matériel d’arts martiaux de la gloire ».
Ça doit bien valoir le coup de dépenser ses sous là-bas, non ? Et puis, j’en
avais besoin, moi, de tous ces trucs :
·
2 shinai
taille 39 (premier prix hein, je roule pas sur l’or) ;
·
1 set bokutō
+ kodachi avec leurs tsuba pour les kata (on ne m’appelle pas
« Bokken-man » pour rien),
parce que j’ai perdu les miens l’été dernier dans le train (et, chose rare, ils
n’ont jamais été retrouvés) ;
·
1 sac de shinai
tout neuf avec une bandoulière (parce que sinon je n’ai que mon sac en toile de
Meiji, même si c’est la classe parce que c’est marqué Meiji Taidōren dessus et que c’est
celui de mon ancien professeur) ;
·
2 vestes de kendō-gi
de saison brodées à mon nom.
Et plein d’idées pour mes prochains achats !
Donc pour le reste de la semaine, ça sera riz, pur &
simple…
mardi 16 février 2016
Honbu
* * *
Ce soir, je suis allé m’entraîner au Riverside Sport Center, qui accueille le Honbu, le quartier général du kendo à Taito-ku. Bien que son véritable fief reste le Yanaka dojo, au nord de Taito, Fukumoto-sensei
dirige maintenant les lieux à la suite de Saitō-sensei,
qui était le maître des lieux quand je suis arrivé il y a 5 ans. C’est là que
les professeurs des différents dojos du quartier viennent s’entraîner avec
leurs pairs… et leurs aînés. Le gratin quoi. Côté haut, 7ème dan et
8ème dan. En face, les autres.
Aujourd’hui, pas de Fukumoto-sensei,
parce que les vieux 8ème dan ont de fortes personnalités (certains
diraient « de sales caractères »), et se font généralement des
guerres dogmatiques anciennes et souterraines, inaccessibles au commun des
mortels. Ils se détestent donc souvent bien cordialement les uns les autres,
suivant leurs vues et leurs écoles. Or, le mardi c’est le jour où vient Kurasawa Tadashi-sensei [倉沢正先生], et ils ne s’apprécient
pas beaucoup à ce qu’on dit (tous les deux viennent chacun d’une fratrie de 3 kendoka,
tous plus ou moins 8ème dan à ce que je sais. C’est vous dire l’ambiance).
Celui-là, c’est un grand gars tout dégingandé avec des grands bras, le visage
marqué et les cheveux gris coupés court, on dirait presque un vieil Américain,
habillé avec son costume noir très classe. On a discuté deux minutes aujourd’hui,
et il m’a dit qu’il allait souvent en Russie pour enseigner. C’est dommage, mais
il n’a pas pratiqué aujourd’hui ; j’aurais bien aimé tenir le rythme d’un
8ème dan différent par jour…
A la place, j’ai revu ce grand coquin de Nomura-sensei, puis deux ou trois
professeurs que je connais de vue, et pour finir Kataoka-sensei que je connais bien, et qui a tenu à me raccompagner
à l’hôtel, parce que c’était sur sa route (et parce qu’il est affreusement
gentil, en dehors du keiko).
Tellement gentil qu’il a eu l’amabilité de me dire que j’étais plus fort que la
dernière fois, alors que j’ai eu le plus grand mal du monde à l’attaquer. Il a
une manière terrible d’avoir l’air de rien tant qu’on essaie de rentrer dans sa
garde, il reste vague, presque interrogatif, et au moment où on se lance, il
frappe soudainement de près, avec une puissance redoutable, ça part comme un
coup de canon, et on ramasse de plein fouet.
Comme je le redoutais, j’ai aussi dû affronter Saigawa-kun, qui ne m’a pas raté et n’a
pas manqué de venir m’inviter à la fin. J’aurais dû me cacher. Evidement, étant
le plus gradé j’étais côté haut, mais ça n’est plus comme il y a cinq ans :
je ne fais plus une tête de plus que lui, avec la vitesse et le poids de mon
corps d’adulte. Maintenant, on est à égalité sur tous ces points, et lui par contre,
il a l’expérience d’un gars qui pratique depuis ses 5 ans à l’école de police,
et qui s’entraîne plus ou moins tous les jours. Il a eu la politesse de ne pas
monter à son maximum, parce qu’il n’a pas eu besoin de ça pour me mettre
sacrément en difficulté. Il m’a collé un debana-men
d’entrée, en profitant de mon hésitation. Comme souvent les universitaires, il
rentre franchement dans la garde de l’adversaire pour compenser le ki-seme des professeurs, cette manière
qu’ils ont d’être menaçant de loin, sans avancer physiquement. J’ai fini par me
reprendre en faisant ce que je sais faire : contrôler la pointe de l’adversaire,
tenter de le mettre dans le vent dès que je sens qu’il va lancer une attaque,
mais j’ai quand même bien ramassé. C’est un super entraînement pour moi, d’être
confronté à ce genre d’adversaire, parce que je ne peux pas compter sur ma
force ou ma vitesse comme dimanche soir au Tawara, je suis obligé de faire du kendo de vieux, de sentir l’adversaire,
de m’imposer, d’essayer de le faire douter sur ses timings, sans pour
autant compromettre ma propre explosivité dès qu’une opportunité naît de la
situation qui se développe. Ce qui s’approchait le plus d’un ippon, c’est un kaeshi-dō, mon « spécial »,
que j’ai presque réussi à lui coller sur une attaque. Mais on était loin de la
perfection, j’étais un peu court. Bref, toujours un plaisir stimulant.
La soirée s’est terminée chez Denny’s avec Yukiko, qui m’a
refilé un portable prépayé ayant jadis appartenu à feu son beau-frère égyptien
lors de ses visites au Japon, et qui est décédé récemment. Du coup nostalgie à
nouveau, je retrouve ce bon vieux gara-keitai
noir de chez Softbank, sur lequel il faut une heure pour taper un message, mais grâce auquel je peux à nouveau communiquer en direct avec les amis pour se
donner rendez-vous. Et puis j’ai mangé mes premières udon du séjour : ça GLISSE ! Autant les ramen ça commence à aller, autant ces
saloperies de udon, il n’y a pas de manière
élégante de les ingurgiter. Ceux qui ont déjà des problèmes avec les spaghettis
italiens me font bien marrer tiens. Venez manger des udon en soupe avec des baguettes, là on parlera de défi !
Itō-sensei, homage au maître
Hier, la journée a été très déséquilibrée, et je suspecte
que ce sera plus ou moins le cas durant tout le séjour : comme les
vampires, de jour, je n’ai pas grand-chose à faire. Je n’ai pas encore pu pour
l’instant retourner voir Kitamura-sensei
pour reprendre la calligraphie avec elle (j’ai rendez-vous demain à 3 heures
cela dit !), donc je n’avais pas grand-chose d’autre à faire hier que de
bidouiller mon blog sur l’ordinateur pour le mettre en page et en ligne, et
puis ensuite me balader dans Asakusa,
que je ne connais pas encore aussi bien que Ueno,
où j’habitais.
J’ai quand même tenu à me bouger les fesses jusqu’à Kaminari-dōri, la
grande rue touristique qui mène au Kaminari-mon,
le portail du tonnerre, parce que c’est rempli de restaurants là-bas, et j’avais
repéré un Tenpura Tendon Tenya, qui
est un fast-food type Yoshinoya, Sukiya, Matsuya ou Katsuya, sauf que
cette chaîne-là est spécialisée dans les tempuras ! J’ai commandé un tendon classique, composé donc de
diverses sortes de tempura (haricots, kyabocha,
poisson, une sorte de seiche je suppose, et surtout une crevette), le tout sur
un lit de riz assaisonné. Ce type de resto, c’est vraiment de la qualité de
base, mais ça fait quand même très plaisir, on n’en trouve pas à Lyon, et c’est
pas cher.
Ensuite, j’ai voulu aller au magasin de matériel de kendo à Ueno, celui que j’avais mis une heure au
bas mot à retrouver cet été parce que je m’étais trompé d’un bloc. Cette
fois-ci, je me souvenais très bien de l’adresse, c’est les horaires et dates d’ouverture
qui m’avaient échappé, donc je me le marque ici une bonne fois pour toute comme
mémo pour ne pas oublier :
Eiko Budōgu
[栄光武道具]
・〒110-0015, 3丁目-16-3 東上野, 台東区 東京都
Tokyo, Taito-ku, Higashi
Ueno 3-16-3, Fermé tous les lundis, et les 1er et 3ème
mardis du mois ;
Ouvert les autres jours,
sauf le dimanche, de 10h à 19h30 en semaine, jusqu’à 19 heures seulement le
samedi. Na.
Donc j’irai demain, parce
qu’aujourd’hui, on est le 3ème mardi du mois.
Retour sans fanfare sous la
pluie depuis Ueno jusqu’à Asakusa le long d’Asakusa-dōri, puis Kokusai-dōri,
chemin bien connu pour l’avoir emprunté cent fois. Encore sous le coup du
décalage horaire mal réglé, je rentre faire le check de mon trajet jusqu’à
Nakano pour l’entraînement du soir au Shudōkan,
et je calcule que j’ai un petit quart d’heure de repos jusque-là, donc c’est
sieste. Quand le réveille sonne, j’ai devant mois la perspective d’une
demi-heure de marche jusqu’à Asakusa-bashi,
puis une demi-heure de train avec la Sōbu-sen
jusqu’à Higashi-Nakano, parce que c’est
juste de l’autre côté de Tokyo. Mais vous me connaissez, j’ai déjà traversé un
tiers de la planète pour venir voir Itō,
c’est pas une heure de route qui va me décourager. Alors je mets le sac sur le
dos, le sabre à l’épaule, et en avant. C’est quand même loin Asakusa-bashi. Je me foutais de la
gueule de Google Maps avec ses 32 minutes de marche, mais après une demi-heure
passée à longer Kokusai-dōri sous la
pluie, je regagne un peu d’humilité (vous savez, l’humilité, c’est quand il y a
des infiltrations… c’était de circonstance). Une fois dans le train, il y a du
monde parce que c’est la sortie des bureau et que la Sōbu, c’est juste la ligne qui relie la préfecture-dortoir de Chiba au quartier opposé de Mitaka, en traversant tout le centre de
Tokyo. Heureusement, quelques stations plus loin, c’est Akihabara, et ça fait beaucoup de transferts, donc je saute sur la
première place qui se libère avant qu’elle soit prise. Pas de pitié : je
veux pouvoir roupiller jusqu’à Nakano,
c’est pas à côté et je suis crevé. Résultat, je soulève à peine une paupière au
passage à Ocha-no-mizu (mon ancien
campus, nostalgie), puis à Shinjuku, et…
je me réveille en sursaut, le train est à quai à Higashi-Nakano. Le cerveau n’a pas encore reconnecté, j’empoigne
mes affaires et je bondis par la porte. Par chance, je n’ai rien laissé dans le
train.
Quand j’arrive à la porte
du Shudōkan, c’est le destin : Itō, qui ne doit même pas savoir que je
me pointe aujourd’hui, arrive exactement en même temps en vélo par l’autre bout
de la rue. Je lui tombe dessus nez à nez à l’entrée. Coup de pression, parce
que pour moi, ce type, c’est un peu un demi-dieu vivant, et je me retrouve là
tout seul avec lui sans préavis. Comme il ne m’a pas remarqué tout de suite, je
le salue, et il est tout content de me voir ; il me tient la main pendant
une bonne minute le temps de me poser toutes les questions d’usage sur le
pourquoi du comment je suis ici et pour combien de temps pour quoi faire ?
Je vois bien qu’il est un peu déçu que je ne reste que pour trois semaines,
mais il m’accueille chaleureusement. Ensuite on parle de sous, je lui propose
de payer le mois, ça lui convient, et il m’envoie me changer, rendez-vous dans
le dojo. Il est 6 heures, il n’y a pas un chat ce soir, et on commence le cours
juste tous les deux ; je suis dans mes petits souliers. Il est encore en
train de bricoler dans son coin qu’il me dit « vas-y, fais des longueurs
de kiri-oroshi » (grande coupe
jusqu’à l’horizontal). Je m’exécute, et le cours commence comme dans un vieux
film de Kurosawa, le maître qui m’observe
du coin de l’œil depuis l’endroit où il prépare ses affaires, et moi tout seul
sur le parquet, appliqué, la sueur qui perle déjà sur le front de concentration,
et qui enchaîne les plus belles coupes dont je suis capable, parce qu’il n’y a
que moi à regarder. Au bout d’une demi longueur, il me corrige, je reprends, et
on continue comme ça jusqu’à l’exercice suivant. Quelques élèves se sont ensuite
joints à nous au fur et à mesure de l’entraînement, mais ces quelques minutes
passés en tête à tête à enchaîner des longueurs de kihon (exercices de base) sous la direction d’Itō, je n’aurais même pas pu en rêver pour ma reprise d’entraînement
au Japon. En une heure, il a changé (à nouveau) ma manière de faire du iai.
Bon, la suite, vous la
connaissez si je vous ai déjà parlé de mon professeur : en 3 heures d’entraînement,
on a enchaîné les kihon de base, on a
exécuté plus de dix fois chacun des 12 kata
de la série seitei-iai, et on a commencé
à préparer l’examen de grade (j’ai préparé les 5 kata suivant : 3-5-7-9-11). Itō m’a apporté des corrections fondamentales sur chaque kata, en se foutant copieusement de moi
une fois sur deux (du genre « ça c’est du iai français, au Japon on fait comme ça » ou « mais t’es
devenu mauvais, c’est ce qui arrive quand on ne revient que pour les passages
de grades ! ») et à la fin du cours, ce que je faisais n’avait plus
rien à voir avec le début, et je voyais qu’il était plutôt satisfait (même si
vous l’imaginez, il reste sacrément du boulot).
Pour mémoire personnelle et
pour ceux que ça peut intéresser, voilà pêle-mêle les points de repère
fondamentaux dont je me souviens, et que je vous livre tel qu’il m’a été dit
(vous pensez bien que j’ai pas pris des notes sur un papier au fur et à mesure.
J’imagine la tête d’Itō s’il voyait
les gens faire ça pendant les stages en France. Le iai, c’est dans la tête et dans le corps que ça se mémorise, en
faisant des longueurs) :
Grande coupe kiri-oroshi :
- Une fois armé haut le sabre à 45°, uniquement fermer le petit
doigt de la main gauche pour démarrer la coupe, ne pas faire jouer les
poignets : ce sont les épaules et les coudes qui font la coupe.
- Le coude gauche légèrement ouvert dans l’armé se resserre au centre
vers l’avant pour entraîner le sabre.
- Si la poignée est trop longue, comme c’est le cas pour mon sabre
japonais, ne pas hésiter à faire remonter légèrement la position de la main
gauche vers la main droite, en laissant la poignée dépasser plus largement par
le bas.
Nuki-tsuke puis kiri-oroshi debout :
- Nuki-tsuke sur pied droit, kiri-oroshi
sur pied gauche, yoko-chiburi sur
place, et ainsi de suite.
- Dans le nuki-tsuke, sortir
presque toute la longueur du sabre tranchant vers le haut, on n’incline
la lame à l’horizontale qu’au dernier moment, seule la pointe est engagée.
- Couper ensuite sans monter l’épaule droite (défaut
personnel), pour que la lame soit à l’horizontale, pointe étendue le plus loin
possible devant soi sans dégrader la posture.
- Dans le même temps, tirer fortement le fourreau vers l’arrière le
long de la ceinture avec la main gauche, sans modifier la posture des
hanches, qui doivent impérativement rester pleinement de face. Les
épaules, elles sont à 45° en diagonale, pour permettre le mouvement contraire
de la pointe (devant) et du fourreau (derrière).
- Armer au dessus de la tête avec la main droite qui passe devant le
front à son niveau ; la main gauche ne repasse pas par le centre du
corps pour ramener le fourreau, elle l’emmène avec elle et l’abandonne
rapidement en montant directement au devant du front pour saisir la
poignée du sabre. Ensuite, coupe fondamentale kiri-oroshi telle que décrit plus haut.
- Bien respecter les angles de 45° pour le bras droit dans le yoko-chiburi (si on imagine un
repère x, y, z, le bras est la
diagonale d’un cube) : tendance à le faire trop latéral et pas assez vers l’avant.
Kihon sur koran-tō
- Nuki-tsuke sur pied droit, armé sur retour de pied gauche au niveau du pied
droit, kiri-oroshi sur pied droit,
changement de pied, ō-chiburi sur
place, et ainsi de suite.
- Mêmes corrections que précédemment, attention à la hauteur de main
droite sur le ō-chiburi : même
hauteur que la main gauche au fourreau.
Nuki-tsuke puis kiri-oroshi à partir de seiza :
- Les mains à plat sur les cuisses se rejoignent vers le haut pour
saisir la poignée et le fourreau par le bas.
- En même temps que les deux mains s’éloignent l’une de l’autre pour
libérer la lame, les hanche s’élèvent progressivement ; la lame reste tranchant
vers le haut tout le long.
- Au dernier moment, lorsque le corps parvient à la verticale, les
pieds en appui sur les orteils, la main droite étendue le plus loin possible
vers l’avant, alors le la main gauche oriente le fourreau et la lame à l’horizontale,
et le petit doigt de la main droite fait jaillir la pointe vers l’avant pendant
que la main gauche la libère en tirant le fourreau vers l’arrière. Pour le
reste, même posture que debout, penser à maintenir les hanches de face
malgré l’action contraire de la main gauche.
- Une longueur sur deux, on frappe fermement du pied au sol au
moment de dégainer, une longueur sur deux, on fait suri-ashi. Dans tous les cas, bien veiller à ce que les genoux
forment un angle droit (tendance personnelle à envoyer le pied trop en
avant). De même pour les hanches, à la verticale du genou au sol (ne pas projeter
les hanches en avant). On exécute l’exercice en alternance, une fois sur deux
en envoyant la jambe droite, une fois sur deux en envoyant la jambe gauche.
- On avance ensuite les hanches pour amener le genou qui est
au sol au niveau du talon du pied avant tout en armant haut comme pour l’exercice
debout, puis on coupe de la même manière. On revient s’asseoir en seiza en rengainant par un yoko-chiburi, et l’exercice recommence.
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