Avertissement

ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !

Cheers.

mardi 16 février 2016

Itō-sensei, homage au maître

     Hier, la journée a été très déséquilibrée, et je suspecte que ce sera plus ou moins le cas durant tout le séjour : comme les vampires, de jour, je n’ai pas grand-chose à faire. Je n’ai pas encore pu pour l’instant retourner voir Kitamura-sensei pour reprendre la calligraphie avec elle (j’ai rendez-vous demain à 3 heures cela dit !), donc je n’avais pas grand-chose d’autre à faire hier que de bidouiller mon blog sur l’ordinateur pour le mettre en page et en ligne, et puis ensuite me balader dans Asakusa, que je ne connais pas encore aussi bien que Ueno, où j’habitais.
     J’ai quand même tenu à me bouger les fesses jusqu’à Kaminari-dōri, la grande rue touristique qui mène au Kaminari-mon, le portail du tonnerre, parce que c’est rempli de restaurants là-bas, et j’avais repéré un Tenpura Tendon Tenya, qui est un fast-food type Yoshinoya, Sukiya, Matsuya ou Katsuya, sauf que cette chaîne-là est spécialisée dans les tempuras ! J’ai commandé un tendon classique, composé donc de diverses sortes de tempura (haricots, kyabocha, poisson, une sorte de seiche je suppose, et surtout une crevette), le tout sur un lit de riz assaisonné. Ce type de resto, c’est vraiment de la qualité de base, mais ça fait quand même très plaisir, on n’en trouve pas à Lyon, et c’est pas cher.


     Ensuite, j’ai voulu aller au magasin de matériel de kendo à Ueno, celui que j’avais mis une heure au bas mot à retrouver cet été parce que je m’étais trompé d’un bloc. Cette fois-ci, je me souvenais très bien de l’adresse, c’est les horaires et dates d’ouverture qui m’avaient échappé, donc je me le marque ici une bonne fois pour toute comme mémo pour ne pas oublier :

Eiko Budōgu [栄光武道具] ・〒110-0015, 3丁目-16-3 東上野, 台東区 東京都
Tokyo, Taito-ku, Higashi Ueno 3-16-3, Fermé tous les lundis, et les 1er et 3ème mardis du mois ;
Ouvert les autres jours, sauf le dimanche, de 10h à 19h30 en semaine, jusqu’à 19 heures seulement le samedi. Na.

     Donc j’irai demain, parce qu’aujourd’hui, on est le 3ème mardi du mois.

     Retour sans fanfare sous la pluie depuis Ueno jusqu’à Asakusa le long d’Asakusa-dōri, puis Kokusai-dōri, chemin bien connu pour l’avoir emprunté cent fois. Encore sous le coup du décalage horaire mal réglé, je rentre faire le check de mon trajet jusqu’à Nakano pour l’entraînement du soir au Shudōkan, et je calcule que j’ai un petit quart d’heure de repos jusque-là, donc c’est sieste. Quand le réveille sonne, j’ai devant mois la perspective d’une demi-heure de marche jusqu’à Asakusa-bashi, puis une demi-heure de train avec la Sōbu-sen jusqu’à Higashi-Nakano, parce que c’est juste de l’autre côté de Tokyo. Mais vous me connaissez, j’ai déjà traversé un tiers de la planète pour venir voir Itō, c’est pas une heure de route qui va me décourager. Alors je mets le sac sur le dos, le sabre à l’épaule, et en avant. C’est quand même loin Asakusa-bashi. Je me foutais de la gueule de Google Maps avec ses 32 minutes de marche, mais après une demi-heure passée à longer Kokusai-dōri sous la pluie, je regagne un peu d’humilité (vous savez, l’humilité, c’est quand il y a des infiltrations… c’était de circonstance). Une fois dans le train, il y a du monde parce que c’est la sortie des bureau et que la Sōbu, c’est juste la ligne qui relie la préfecture-dortoir de Chiba au quartier opposé de Mitaka, en traversant tout le centre de Tokyo. Heureusement, quelques stations plus loin, c’est Akihabara, et ça fait beaucoup de transferts, donc je saute sur la première place qui se libère avant qu’elle soit prise. Pas de pitié : je veux pouvoir roupiller jusqu’à Nakano, c’est pas à côté et je suis crevé. Résultat, je soulève à peine une paupière au passage à Ocha-no-mizu (mon ancien campus, nostalgie), puis à Shinjuku, et… je me réveille en sursaut, le train est à quai à Higashi-Nakano. Le cerveau n’a pas encore reconnecté, j’empoigne mes affaires et je bondis par la porte. Par chance, je n’ai rien laissé dans le train.

     Quand j’arrive à la porte du Shudōkan, c’est le destin : Itō, qui ne doit même pas savoir que je me pointe aujourd’hui, arrive exactement en même temps en vélo par l’autre bout de la rue. Je lui tombe dessus nez à nez à l’entrée. Coup de pression, parce que pour moi, ce type, c’est un peu un demi-dieu vivant, et je me retrouve là tout seul avec lui sans préavis. Comme il ne m’a pas remarqué tout de suite, je le salue, et il est tout content de me voir ; il me tient la main pendant une bonne minute le temps de me poser toutes les questions d’usage sur le pourquoi du comment je suis ici et pour combien de temps pour quoi faire ? Je vois bien qu’il est un peu déçu que je ne reste que pour trois semaines, mais il m’accueille chaleureusement. Ensuite on parle de sous, je lui propose de payer le mois, ça lui convient, et il m’envoie me changer, rendez-vous dans le dojo. Il est 6 heures, il n’y a pas un chat ce soir, et on commence le cours juste tous les deux ; je suis dans mes petits souliers. Il est encore en train de bricoler dans son coin qu’il me dit « vas-y, fais des longueurs de kiri-oroshi » (grande coupe jusqu’à l’horizontal). Je m’exécute, et le cours commence comme dans un vieux film de Kurosawa, le maître qui m’observe du coin de l’œil depuis l’endroit où il prépare ses affaires, et moi tout seul sur le parquet, appliqué, la sueur qui perle déjà sur le front de concentration, et qui enchaîne les plus belles coupes dont je suis capable, parce qu’il n’y a que moi à regarder. Au bout d’une demi longueur, il me corrige, je reprends, et on continue comme ça jusqu’à l’exercice suivant. Quelques élèves se sont ensuite joints à nous au fur et à mesure de l’entraînement, mais ces quelques minutes passés en tête à tête à enchaîner des longueurs de kihon (exercices de base) sous la direction d’Itō, je n’aurais même pas pu en rêver pour ma reprise d’entraînement au Japon. En une heure, il a changé (à nouveau) ma manière de faire du iai.

     Bon, la suite, vous la connaissez si je vous ai déjà parlé de mon professeur : en 3 heures d’entraînement, on a enchaîné les kihon de base, on a exécuté plus de dix fois chacun des 12 kata de la série seitei-iai, et on a commencé à préparer l’examen de grade (j’ai préparé les 5 kata suivant : 3-5-7-9-11). Itō m’a apporté des corrections fondamentales sur chaque kata, en se foutant copieusement de moi une fois sur deux (du genre « ça c’est du iai français, au Japon on fait comme ça » ou « mais t’es devenu mauvais, c’est ce qui arrive quand on ne revient que pour les passages de grades ! ») et à la fin du cours, ce que je faisais n’avait plus rien à voir avec le début, et je voyais qu’il était plutôt satisfait (même si vous l’imaginez, il reste sacrément du boulot).
Pour mémoire personnelle et pour ceux que ça peut intéresser, voilà pêle-mêle les points de repère fondamentaux dont je me souviens, et que je vous livre tel qu’il m’a été dit (vous pensez bien que j’ai pas pris des notes sur un papier au fur et à mesure. J’imagine la tête d’Itō s’il voyait les gens faire ça pendant les stages en France. Le iai, c’est dans la tête et dans le corps que ça se mémorise, en faisant des longueurs) :

     Grande coupe kiri-oroshi :
-       Une fois armé haut le sabre à 45°, uniquement fermer le petit doigt de la main gauche pour démarrer la coupe, ne pas faire jouer les poignets : ce sont les épaules et les coudes qui font la coupe.
-       Le coude gauche légèrement ouvert dans l’armé se resserre au centre vers l’avant pour entraîner le sabre.
-       Si la poignée est trop longue, comme c’est le cas pour mon sabre japonais, ne pas hésiter à faire remonter légèrement la position de la main gauche vers la main droite, en laissant la poignée dépasser plus largement par le bas.

     Nuki-tsuke puis kiri-oroshi debout :
-       Nuki-tsuke sur pied droit, kiri-oroshi sur pied gauche, yoko-chiburi sur place, et ainsi de suite.
-       Dans le nuki-tsuke, sortir presque toute la longueur du sabre tranchant vers le haut, on n’incline la lame à l’horizontale qu’au dernier moment, seule la pointe est engagée.
-       Couper ensuite sans monter l’épaule droite (défaut personnel), pour que la lame soit à l’horizontale, pointe étendue le plus loin possible devant soi sans dégrader la posture.
-       Dans le même temps, tirer fortement le fourreau vers l’arrière le long de la ceinture avec la main gauche, sans modifier la posture des hanches, qui doivent impérativement rester pleinement de face. Les épaules, elles sont à 45° en diagonale, pour permettre le mouvement contraire de la pointe (devant) et du fourreau (derrière).
-       Armer au dessus de la tête avec la main droite qui passe devant le front à son niveau ; la main gauche ne repasse pas par le centre du corps pour ramener le fourreau, elle l’emmène avec elle et l’abandonne rapidement en montant directement au devant du front pour saisir la poignée du sabre. Ensuite, coupe fondamentale kiri-oroshi telle que décrit plus haut.
-       Bien respecter les angles de 45° pour le bras droit dans le yoko-chiburi (si on imagine un repère x, y, z, le bras est la diagonale d’un cube) : tendance à le faire trop latéral et pas assez vers l’avant.

     Kihon sur koran-tō
-       Nuki-tsuke sur pied droit, armé sur retour de pied gauche au niveau du pied droit, kiri-oroshi sur pied droit, changement de pied, ō-chiburi sur place, et ainsi de suite.
-       Mêmes corrections que précédemment, attention à la hauteur de main droite sur le ō-chiburi : même hauteur que la main gauche au fourreau.

     Nuki-tsuke puis kiri-oroshi à partir de seiza :
-       Les mains à plat sur les cuisses se rejoignent vers le haut pour saisir la poignée et le fourreau par le bas.
-       En même temps que les deux mains s’éloignent l’une de l’autre pour libérer la lame, les hanche s’élèvent progressivement ; la lame reste tranchant vers le haut tout le long.
-       Au dernier moment, lorsque le corps parvient à la verticale, les pieds en appui sur les orteils, la main droite étendue le plus loin possible vers l’avant, alors le la main gauche oriente le fourreau et la lame à l’horizontale, et le petit doigt de la main droite fait jaillir la pointe vers l’avant pendant que la main gauche la libère en tirant le fourreau vers l’arrière. Pour le reste, même posture que debout, penser à maintenir les hanches de face malgré l’action contraire de la main gauche.
-       Une longueur sur deux, on frappe fermement du pied au sol au moment de dégainer, une longueur sur deux, on fait suri-ashi. Dans tous les cas, bien veiller à ce que les genoux forment un angle droit (tendance personnelle à envoyer le pied trop en avant). De même pour les hanches, à la verticale du genou au sol (ne pas projeter les hanches en avant). On exécute l’exercice en alternance, une fois sur deux en envoyant la jambe droite, une fois sur deux en envoyant la jambe gauche.
-       On avance ensuite les hanches pour amener le genou qui est au sol au niveau du talon du pied avant tout en armant haut comme pour l’exercice debout, puis on coupe de la même manière. On revient s’asseoir en seiza en rengainant par un yoko-chiburi, et l’exercice recommence.

     [… à suivre …]

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