Hier, la journée a été très déséquilibrée, et je suspecte
que ce sera plus ou moins le cas durant tout le séjour : comme les
vampires, de jour, je n’ai pas grand-chose à faire. Je n’ai pas encore pu pour
l’instant retourner voir Kitamura-sensei
pour reprendre la calligraphie avec elle (j’ai rendez-vous demain à 3 heures
cela dit !), donc je n’avais pas grand-chose d’autre à faire hier que de
bidouiller mon blog sur l’ordinateur pour le mettre en page et en ligne, et
puis ensuite me balader dans Asakusa,
que je ne connais pas encore aussi bien que Ueno,
où j’habitais.
J’ai quand même tenu à me bouger les fesses jusqu’à Kaminari-dōri, la
grande rue touristique qui mène au Kaminari-mon,
le portail du tonnerre, parce que c’est rempli de restaurants là-bas, et j’avais
repéré un Tenpura Tendon Tenya, qui
est un fast-food type Yoshinoya, Sukiya, Matsuya ou Katsuya, sauf que
cette chaîne-là est spécialisée dans les tempuras ! J’ai commandé un tendon classique, composé donc de
diverses sortes de tempura (haricots, kyabocha,
poisson, une sorte de seiche je suppose, et surtout une crevette), le tout sur
un lit de riz assaisonné. Ce type de resto, c’est vraiment de la qualité de
base, mais ça fait quand même très plaisir, on n’en trouve pas à Lyon, et c’est
pas cher.
Ensuite, j’ai voulu aller au magasin de matériel de kendo à Ueno, celui que j’avais mis une heure au
bas mot à retrouver cet été parce que je m’étais trompé d’un bloc. Cette
fois-ci, je me souvenais très bien de l’adresse, c’est les horaires et dates d’ouverture
qui m’avaient échappé, donc je me le marque ici une bonne fois pour toute comme
mémo pour ne pas oublier :
Eiko Budōgu
[栄光武道具]
・〒110-0015, 3丁目-16-3 東上野, 台東区 東京都
Tokyo, Taito-ku, Higashi
Ueno 3-16-3, Fermé tous les lundis, et les 1er et 3ème
mardis du mois ;
Ouvert les autres jours,
sauf le dimanche, de 10h à 19h30 en semaine, jusqu’à 19 heures seulement le
samedi. Na.
Donc j’irai demain, parce
qu’aujourd’hui, on est le 3ème mardi du mois.
Retour sans fanfare sous la
pluie depuis Ueno jusqu’à Asakusa le long d’Asakusa-dōri, puis Kokusai-dōri,
chemin bien connu pour l’avoir emprunté cent fois. Encore sous le coup du
décalage horaire mal réglé, je rentre faire le check de mon trajet jusqu’à
Nakano pour l’entraînement du soir au Shudōkan,
et je calcule que j’ai un petit quart d’heure de repos jusque-là, donc c’est
sieste. Quand le réveille sonne, j’ai devant mois la perspective d’une
demi-heure de marche jusqu’à Asakusa-bashi,
puis une demi-heure de train avec la Sōbu-sen
jusqu’à Higashi-Nakano, parce que c’est
juste de l’autre côté de Tokyo. Mais vous me connaissez, j’ai déjà traversé un
tiers de la planète pour venir voir Itō,
c’est pas une heure de route qui va me décourager. Alors je mets le sac sur le
dos, le sabre à l’épaule, et en avant. C’est quand même loin Asakusa-bashi. Je me foutais de la
gueule de Google Maps avec ses 32 minutes de marche, mais après une demi-heure
passée à longer Kokusai-dōri sous la
pluie, je regagne un peu d’humilité (vous savez, l’humilité, c’est quand il y a
des infiltrations… c’était de circonstance). Une fois dans le train, il y a du
monde parce que c’est la sortie des bureau et que la Sōbu, c’est juste la ligne qui relie la préfecture-dortoir de Chiba au quartier opposé de Mitaka, en traversant tout le centre de
Tokyo. Heureusement, quelques stations plus loin, c’est Akihabara, et ça fait beaucoup de transferts, donc je saute sur la
première place qui se libère avant qu’elle soit prise. Pas de pitié : je
veux pouvoir roupiller jusqu’à Nakano,
c’est pas à côté et je suis crevé. Résultat, je soulève à peine une paupière au
passage à Ocha-no-mizu (mon ancien
campus, nostalgie), puis à Shinjuku, et…
je me réveille en sursaut, le train est à quai à Higashi-Nakano. Le cerveau n’a pas encore reconnecté, j’empoigne
mes affaires et je bondis par la porte. Par chance, je n’ai rien laissé dans le
train.
Quand j’arrive à la porte
du Shudōkan, c’est le destin : Itō, qui ne doit même pas savoir que je
me pointe aujourd’hui, arrive exactement en même temps en vélo par l’autre bout
de la rue. Je lui tombe dessus nez à nez à l’entrée. Coup de pression, parce
que pour moi, ce type, c’est un peu un demi-dieu vivant, et je me retrouve là
tout seul avec lui sans préavis. Comme il ne m’a pas remarqué tout de suite, je
le salue, et il est tout content de me voir ; il me tient la main pendant
une bonne minute le temps de me poser toutes les questions d’usage sur le
pourquoi du comment je suis ici et pour combien de temps pour quoi faire ?
Je vois bien qu’il est un peu déçu que je ne reste que pour trois semaines,
mais il m’accueille chaleureusement. Ensuite on parle de sous, je lui propose
de payer le mois, ça lui convient, et il m’envoie me changer, rendez-vous dans
le dojo. Il est 6 heures, il n’y a pas un chat ce soir, et on commence le cours
juste tous les deux ; je suis dans mes petits souliers. Il est encore en
train de bricoler dans son coin qu’il me dit « vas-y, fais des longueurs
de kiri-oroshi » (grande coupe
jusqu’à l’horizontal). Je m’exécute, et le cours commence comme dans un vieux
film de Kurosawa, le maître qui m’observe
du coin de l’œil depuis l’endroit où il prépare ses affaires, et moi tout seul
sur le parquet, appliqué, la sueur qui perle déjà sur le front de concentration,
et qui enchaîne les plus belles coupes dont je suis capable, parce qu’il n’y a
que moi à regarder. Au bout d’une demi longueur, il me corrige, je reprends, et
on continue comme ça jusqu’à l’exercice suivant. Quelques élèves se sont ensuite
joints à nous au fur et à mesure de l’entraînement, mais ces quelques minutes
passés en tête à tête à enchaîner des longueurs de kihon (exercices de base) sous la direction d’Itō, je n’aurais même pas pu en rêver pour ma reprise d’entraînement
au Japon. En une heure, il a changé (à nouveau) ma manière de faire du iai.
Bon, la suite, vous la
connaissez si je vous ai déjà parlé de mon professeur : en 3 heures d’entraînement,
on a enchaîné les kihon de base, on a
exécuté plus de dix fois chacun des 12 kata
de la série seitei-iai, et on a commencé
à préparer l’examen de grade (j’ai préparé les 5 kata suivant : 3-5-7-9-11). Itō m’a apporté des corrections fondamentales sur chaque kata, en se foutant copieusement de moi
une fois sur deux (du genre « ça c’est du iai français, au Japon on fait comme ça » ou « mais t’es
devenu mauvais, c’est ce qui arrive quand on ne revient que pour les passages
de grades ! ») et à la fin du cours, ce que je faisais n’avait plus
rien à voir avec le début, et je voyais qu’il était plutôt satisfait (même si
vous l’imaginez, il reste sacrément du boulot).
Pour mémoire personnelle et
pour ceux que ça peut intéresser, voilà pêle-mêle les points de repère
fondamentaux dont je me souviens, et que je vous livre tel qu’il m’a été dit
(vous pensez bien que j’ai pas pris des notes sur un papier au fur et à mesure.
J’imagine la tête d’Itō s’il voyait
les gens faire ça pendant les stages en France. Le iai, c’est dans la tête et dans le corps que ça se mémorise, en
faisant des longueurs) :
Grande coupe kiri-oroshi :
- Une fois armé haut le sabre à 45°, uniquement fermer le petit
doigt de la main gauche pour démarrer la coupe, ne pas faire jouer les
poignets : ce sont les épaules et les coudes qui font la coupe.
- Le coude gauche légèrement ouvert dans l’armé se resserre au centre
vers l’avant pour entraîner le sabre.
- Si la poignée est trop longue, comme c’est le cas pour mon sabre
japonais, ne pas hésiter à faire remonter légèrement la position de la main
gauche vers la main droite, en laissant la poignée dépasser plus largement par
le bas.
Nuki-tsuke puis kiri-oroshi debout :
- Nuki-tsuke sur pied droit, kiri-oroshi
sur pied gauche, yoko-chiburi sur
place, et ainsi de suite.
- Dans le nuki-tsuke, sortir
presque toute la longueur du sabre tranchant vers le haut, on n’incline
la lame à l’horizontale qu’au dernier moment, seule la pointe est engagée.
- Couper ensuite sans monter l’épaule droite (défaut
personnel), pour que la lame soit à l’horizontale, pointe étendue le plus loin
possible devant soi sans dégrader la posture.
- Dans le même temps, tirer fortement le fourreau vers l’arrière le
long de la ceinture avec la main gauche, sans modifier la posture des
hanches, qui doivent impérativement rester pleinement de face. Les
épaules, elles sont à 45° en diagonale, pour permettre le mouvement contraire
de la pointe (devant) et du fourreau (derrière).
- Armer au dessus de la tête avec la main droite qui passe devant le
front à son niveau ; la main gauche ne repasse pas par le centre du
corps pour ramener le fourreau, elle l’emmène avec elle et l’abandonne
rapidement en montant directement au devant du front pour saisir la
poignée du sabre. Ensuite, coupe fondamentale kiri-oroshi telle que décrit plus haut.
- Bien respecter les angles de 45° pour le bras droit dans le yoko-chiburi (si on imagine un
repère x, y, z, le bras est la
diagonale d’un cube) : tendance à le faire trop latéral et pas assez vers l’avant.
Kihon sur koran-tō
- Nuki-tsuke sur pied droit, armé sur retour de pied gauche au niveau du pied
droit, kiri-oroshi sur pied droit,
changement de pied, ō-chiburi sur
place, et ainsi de suite.
- Mêmes corrections que précédemment, attention à la hauteur de main
droite sur le ō-chiburi : même
hauteur que la main gauche au fourreau.
Nuki-tsuke puis kiri-oroshi à partir de seiza :
- Les mains à plat sur les cuisses se rejoignent vers le haut pour
saisir la poignée et le fourreau par le bas.
- En même temps que les deux mains s’éloignent l’une de l’autre pour
libérer la lame, les hanche s’élèvent progressivement ; la lame reste tranchant
vers le haut tout le long.
- Au dernier moment, lorsque le corps parvient à la verticale, les
pieds en appui sur les orteils, la main droite étendue le plus loin possible
vers l’avant, alors le la main gauche oriente le fourreau et la lame à l’horizontale,
et le petit doigt de la main droite fait jaillir la pointe vers l’avant pendant
que la main gauche la libère en tirant le fourreau vers l’arrière. Pour le
reste, même posture que debout, penser à maintenir les hanches de face
malgré l’action contraire de la main gauche.
- Une longueur sur deux, on frappe fermement du pied au sol au
moment de dégainer, une longueur sur deux, on fait suri-ashi. Dans tous les cas, bien veiller à ce que les genoux
forment un angle droit (tendance personnelle à envoyer le pied trop en
avant). De même pour les hanches, à la verticale du genou au sol (ne pas projeter
les hanches en avant). On exécute l’exercice en alternance, une fois sur deux
en envoyant la jambe droite, une fois sur deux en envoyant la jambe gauche.
- On avance ensuite les hanches pour amener le genou qui est
au sol au niveau du talon du pied avant tout en armant haut comme pour l’exercice
debout, puis on coupe de la même manière. On revient s’asseoir en seiza en rengainant par un yoko-chiburi, et l’exercice recommence.
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