Ce soir, il y avait un entraînement spécial au Riverside Sport Center, avec en special guest le grand-frère Fukumoto, celui qui est 8ème dan Hanshi et qui fait partie des cadres de
la Zen Ken Ren, l’Association Nationale
de Kendo. Comme on était dans une ambiance plus intime que la dernière fois que
je l’ai vu (voir Bokkenman &
Pissounet au pays de la cerise), j’ai eu le plaisir de rencontrer chacun
des deux frères, en plus de me frotter à deux ou trois autres pointures du district
(et notamment ce grand coffre-fort de Taniguchi-sensei,
qui fait des séries d’exercices de Hōjō-no-kata
avant chaque entraînement). J’étais même le premier en ligne pour le jeune
frère Fukumoto (il doit bien faire
ses 70 ans quand même). Il m’a fait courir dans tous les sens, toujours sur mon
dos à me poursuivre la pointe en avant, avec le sabre qui vient chatouiller l’arrière
du crâne quand on est encore à sa portée quand il se retourne. J’ai quand même
fait en sorte de vendre chèrement ma peau, mais comme d’habitude, j’avais le
souffle court et la gorge en feu après le combat. Ensuite, comme il a vu que j’étais
en file pour un autre professeur, il a interrompu son combat suivant pour me
jeter dans les bras d’un autre vieux qui s’échauffait sur le bord. Je crois
bien qu’il ne voulait pas trop que je me repose…
J’ai fini par le grand frère, qui m’a fait faire trois
passes avant de saluer parce que le tambour de la fin de séance avait retenti.
C’est ce qu’il a dit à l’assemblée après les saluts qui est intéressant :
1. Trop de gens attaquent incessamment sans tenir
sous la pression. Il faut essayer de tenir toujours plus loin, de voir comment
réagit l’adversaire et de ne frapper qu’en fonction de ce que l’on ressent ou
anticipe de ses mouvements.
2.
Il est important de prendre du plaisir dans le kendo. Il nous a montré son tenugui, le foulard dont on s’entoure le
crâne sous le casque et sur lequel était inscrit, entre autres, le caractère raku [楽],
qui signifie le plaisir, l’amusement, mais peut aussi avoir le sens d’être à l’aise,
ou d’exécuter quelque chose avec facilité. Cet éventail de sens est
intéressant, parce que ce que j’ai compris de son explication, c’est que malgré
le sérieux et la rigueur nécessaires à la pratique, il faut aussi savoir s’amuser
dans le combat et prendre l’opposition comme un jeu, un terrain d’expérimentations
dans lequel on forge son expérience. C’est par ce moyen que l’on acquière l’aisance
qui permet d’affronter sereinement un adversaire, même quand l’enjeu devient
vital. Même si l’explication semble
assez claire, je trouve que c’est justement un des points extrêmement délicat
de la pratique, d’arriver à conserver sérieux, rigueur et exigence élevée en
même temps que cet état d’esprit décontracté, ce côté joueur que l’on trouve
bien souvent chez les professeurs expérimentés de haut niveau.
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