Avertissement

ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !

Cheers.

vendredi 19 février 2016

Les Frères Fukumoto

      Ce soir, il y avait un entraînement spécial au Riverside Sport Center, avec en special guest le grand-frère Fukumoto, celui qui est 8ème dan Hanshi et qui fait partie des cadres de la Zen Ken Ren, l’Association Nationale de Kendo. Comme on était dans une ambiance plus intime que la dernière fois que je l’ai vu (voir Bokkenman & Pissounet au pays de la cerise), j’ai eu le plaisir de rencontrer chacun des deux frères, en plus de me frotter à deux ou trois autres pointures du district (et notamment ce grand coffre-fort de Taniguchi-sensei, qui fait des séries d’exercices de Hōjō-no-kata avant chaque entraînement). J’étais même le premier en ligne pour le jeune frère Fukumoto (il doit bien faire ses 70 ans quand même). Il m’a fait courir dans tous les sens, toujours sur mon dos à me poursuivre la pointe en avant, avec le sabre qui vient chatouiller l’arrière du crâne quand on est encore à sa portée quand il se retourne. J’ai quand même fait en sorte de vendre chèrement ma peau, mais comme d’habitude, j’avais le souffle court et la gorge en feu après le combat. Ensuite, comme il a vu que j’étais en file pour un autre professeur, il a interrompu son combat suivant pour me jeter dans les bras d’un autre vieux qui s’échauffait sur le bord. Je crois bien qu’il ne voulait pas trop que je me repose…
      J’ai fini par le grand frère, qui m’a fait faire trois passes avant de saluer parce que le tambour de la fin de séance avait retenti. C’est ce qu’il a dit à l’assemblée après les saluts qui est intéressant :
1.    Trop de gens attaquent incessamment sans tenir sous la pression. Il faut essayer de tenir toujours plus loin, de voir comment réagit l’adversaire et de ne frapper qu’en fonction de ce que l’on ressent ou anticipe de ses mouvements.

2.        Il est important de prendre du plaisir dans le kendo. Il nous a montré son tenugui, le foulard dont on s’entoure le crâne sous le casque et sur lequel était inscrit, entre autres, le caractère raku [楽], qui signifie le plaisir, l’amusement, mais peut aussi avoir le sens d’être à l’aise, ou d’exécuter quelque chose avec facilité. Cet éventail de sens est intéressant, parce que ce que j’ai compris de son explication, c’est que malgré le sérieux et la rigueur nécessaires à la pratique, il faut aussi savoir s’amuser dans le combat et prendre l’opposition comme un jeu, un terrain d’expérimentations dans lequel on forge son expérience. C’est par ce moyen que l’on acquière l’aisance qui permet d’affronter sereinement un adversaire, même quand l’enjeu devient vital.  Même si l’explication semble assez claire, je trouve que c’est justement un des points extrêmement délicat de la pratique, d’arriver à conserver sérieux, rigueur et exigence élevée en même temps que cet état d’esprit décontracté, ce côté joueur que l’on trouve bien souvent chez les professeurs expérimentés de haut niveau.

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