Tous mes problèmes sont résolus d’un coup. Aujourd’hui, on
vient de me proposer à la fois les deux choses qui manquaient à ma vie pour
être un homme accompli : une femme et une bonne position. C'est-à-dire que
je me suis vu offrir en même temps d’épouser une belle jeune femme et de
devenir prêtre d’un temple bouddhiste du quartier. C’était une offre spéciale,
une sorte de package « all inclusive ».
La petite histoire, c’est que je me suis fait outrageusement
draguer durant la leçon de calligraphie d’aujourd’hui par Chiyaki, une élève de Kitamura,
qui est une des trois filles du prêtre d’un temple bouddhiste qui est juste
derrière l’école Matsuba (on dirait
le début d’un conte, non ?). Il se trouve que dans ce cas, il n’y a pas de
succession masculine à la fonction, donc si j’ai bien compris, il est important
de trouver un mari qui soit prêt à faire le séminaire pour entrer dans les
ordres et reprendre le flambeau du père. Un peu comme une adoption à l’ancienne,
où l’époux d’extraction plus modeste prenait le nom de la famille de l’épouse
pour le perpétuer (parce qu’il ne faut pas croire, le patriarcat, ça s’accommode
très bien de ce genre de magouilles. Ce n’est pas parce que les femmes peuvent
transmettre leur nom de famille qu’elles deviennent soudainement libres & indépendantes.
Vous saviez ça, hein ?).
Donc moi qui me plaignais de ne jamais trop savoir quand je
me faisais draguer au Japon, Chiyaki
a levé l’ambiguïté tout de suite. Outre qu’en arrivant elle a commencé à me
réciter les quelques phrases de français qu’elle a apprises d’un chef qui
habitait près de chez elle, voyant que je calligraphiais, elle a rapidement
demandé si ça ne m’intéresserait pas de devenir prêtre bouddhiste. Dites-vous
qu’à ce moment-là, la partie était inégale, puisque je ne savais rien de sa
situation à elle, mais toute la pièce avertie a éclaté de rire sur cette
déclaration, parce que tout le monde sauf moi avait flairé le piège. Ensuite,
au cours de la conversation, quand elle a su que j’étais à l’hôtel, elle a déclaré
du tac au tac que c’était idiot, que je ferais bien mieux de venir poser mes
bagages chez elle. Quand la conversation a tourné sur sa famille et qu’on s’est
mis à parler de sa petite sœur, elle a rapidement dit qu’il ne fallait surtout
pas que je la rencontre, parce que je la trouverais peut-être plus jolie qu’elle,
et ainsi de suite et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la leçon, qui s’est du
coup déroulée dans une ambiance étrangement ludique, légère et détendue (pas qu’on
soit tellement stressés chez Kitamura-sensei,
bien au contraire, mais je suis un gars sérieux moi, je ne rigole pas quand j’écris
d’habitude, j’ai peur de faire un faux trait).
Et Kitamura de s’en
amuser et d’en rajouter en me disant « tu sais, la secte bouddhiste de son
père, c’est une des moins sévères » ou alors en prenant les autres à
témoin « c’est vrai qu’elle est mignonne, hein, Chiyaki », etc.
Bon, si t’as pas compris, t’es demeuré.
A part ça, on a fait quelques belles petites choses,
justement :
| Asobu en style gyôsho |
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