Avertissement

ATTENTION : il m'arrive de faire des flash-back, c'est-à-dire d'écrire rétrospectivement des épisodes un peu longs, ou que je n'ai pas eu le temps de développer ou de rédiger sur le moment. Comme je suis un peu filou, je triche en les archivant a posteriori à la date à laquelle ils se sont produits. Alors n'oubliez pas de checker les posts antérieurs de temps en temps, il peut y avoir du nouveau même dans le passé !

Cheers.

dimanche 14 février 2016

Valentine’s Day : Une dure journée bien remplie

     Commencée vers 5 heures du matin, heure locale, quand un crétin choisit d’allumer sa lumière dans la chambre et me réveille. Moi qui avait réussi à m’endormir tranquillement vers 1 heure, me voilà debout. La réception est ouverte 24h/24, donc je descends dans le lobby et je m’installe, comate tranquillement en bricolant sur mon PC. Vers 7-8 heures, c’est le petit déjeuner en regardant (pour la… 100ème fois ?) le premier Kung-Fu Panda. Il faut bien s’occuper, pendant que ça s’active autour de moi pour je ne sais quelle visite groupée du cimetière Yanaka (ne me demandez pas pourquoi c’est LA visite de la Saint Valentin. Contre point en Memento Mori ? Eros & Thanatos ? Je n’en sais foutre rien). Moi j’habitais juste en face jadis, j’ai bu des bières en zigzagant entre les tombes en pleine nuit avec des amis, alors le tour des lieux de jour en groupe de K-Way fluo (sous la pluie), ça m’intéresse moyen.
Ramen Benkei [ラーメン弁慶]
     A 11 heures, Yukiko passe me chercher à l’hôtel avec mes armes, je me sens comme un hitman en planque dans une banlieue miteuse à qui un contact vient annoncer son prochain contrat, matériel à la main. J’entrepose les sabres sous mon matelas pour coller à mon film, et quelques échanges de cadeaux plus tard, on est parti dans les ruelles d’Asakusa, direction un petit resto de ramen près du Sensō-ji nommé Ramen Benkei (en référence à un personnage de kabuki), king motherfocker size bols de ramen délicieuses, avec une demi-douzaine de gyōza pour couronner le tout (il ne faut pas perdre les bonnes habitudes). La soupe est excellente, avec juste ce qu’il faut de gras et de rondelles de porcs (c'est-à-dire beaucoup), et une montagne de pousses de soja fraîches on top (c’est un peu mon chocolat). On assaisonne le tout avec de la sauce soja, de l’ail écrasé et de la poudre rouge chinoise très épicée dont j’ai oublié le nom. C’est à s’en faire péter le ventre, et je finis tout mon bol avec de long * sluuurps * ravis et quelques grognements de contentement. En attendant, on papote de tout et de rien, du temps, du kendo, des derniers potins du quartier ; bref, je reprends pied quoi.
parce qu’étonnamment, c’est ça que j’ai vraiment envie de manger en premier maintenant que j’ai à nouveau les pieds sur la terre des ancêtres (pas les miens bien sûr, mais les ancêtres quand même). Je ne suis pas déçu du voyage, parce que le type qui nous accueille est sympa, me baragouines quelques formules en français, et nous sert des



     Le temps de finir, la prochaine étape est déjà décidée : on va boucler ce qui reste de place au fond de l’estomac en se calant deux boules de glace au macha dans une boutique spécialisée de kototoi-dōri nommée Suzukien [壽々喜園], où s’alignent tous les dégradés de vert imaginables selon la densité de thé présent dans la glace. Amazing. Je prends une boule N°6 (un peu comme chez Chanel), parce que c’est la recommandation de la maison (o susume !) et Yukiko s’aventure avec une N°7.
Suzukien [壽々喜園]
     Le beau temps revenu (il fait 23°C en plein mois de février, on se croirait fin avril, c'est n'importe quoi !), on profite des berges de la Sumida avant de se caler dans un Salzeria pour boire un dernier coup et fixer le programme des semaines à venir (les Japonais n’aiment pas l’imprévu). Il est déjà fixé qu’on ira se mettre bien avec la Shimizu Team samedi soir prochain après l’entraînement, au petit resto chinois des abords du Matsuba Kendo Club, qui accueille toutes nos beuveries de bienvenue et d’adieu depuis que je connais le quartier (se référer aux épisodes précédents pour plus de détails et d’anecdotes, notamment concernant ma mère escortée en pleine nuit à son hôtel par deux valeureux samurai dévoués, quoique complètement ronds).
     La fin d’après-midi, je rentre faire une sieste bien méritée sur le canapé du salon, parce que je commence à accuser le coup du décalage horaire, mais je ne veux pas qu’il soit dit que je suis allé me coucher. Je surveille la pendule d’une paupière quand j’ai la présence d’esprit de m’éveiller de temps en temps, et je finis par me lever pour de bon pour aller à l’entraînement  du Tawara dōjō, à deux blocs d’ici, armure sous le bras et shinai sur l’épaule. C’est mon premier entraînement, moins de 24 heures après l’atterrissage, mais je n’ai pas de temps à perdre : 3 semaines, c’est court, et il faut profiter de la force du quartier, qui est de proposer des entraînements tous les soirs, pour peu qu’on sache à quelle porte aller frapper.
     Quand j’arrive à celle du Tawara, ce n’est qu’avec une demi-surprise qu’on m’accueille ; je crois qu’on a pris l’habitude de mes allées et venues. Le maître des lieux Sawazaki-sensei se détourne aux trois-quarts de la supervision des jeunes pour me décrocher un « Ah, Rauch, t’as apporté ton armure ? Bien, tu peux aller te changer là-bas » en me désignant les vestiaires. Je vais m’incliner profondément devant Kawakami-sensei au passage, parce que lui c’est un grand ponte, et on ne peut pas passer comme ça devant en faisant comme si on ne l’avait pas vu. Ça veut aussi dire « si vous voulez bien, le moment venu, je viendrais prendre une race avec vous pour me remettre les idées en place ».
     Chose promise, chose due, après l’échauffement je vais me placer devant le 8ème dan, face à sa vieille garde seigan-no-kamae, et je lance mon plus beau cri de guerre en tenant fermement la poignée de mon sabre. Son truc à lui, c’est kaeshi-dō : quand on craque finalement sous la pression et qu’on essaie de lui balancer un coup bien droit dans la tête, il se décale de 10 cm sur la droite monte les mains, pare l’attaque, et renverse son sabre pour frapper au flanc. Le tout très, très vite. Bon, après quelques passes du genre où j’ai fait de mon mieux pour lui rentrer dans le lard, il me dit qu’il faut que j’arrête d’attaquer comme ça n’importe comment, et que je maintienne la pression jusqu’à ce que ça soit l’adversaire qui craque et attaque en premier, pour le chopper dans le temps. Facile à dire si j’avais un gamin en face de moi, mais c’est pas si facile de faire bouger les vieux singes dans son genre. Sur quoi il salue et c’est fini. J’ai enchaîné un kakari-geiko avec Nomura-sensei (7ème dan), qui m’a fait attaquer sans répit pendant deux-trois minutes avec son grand sourire bonnard de nounours, parce que c’est un grand bonhomme jovial imposant qui manie le sabre une peu comme s’il passait le balais : il s’amuse, il rigole, et quand ça lui chante il frappe ici ou là au gré des ouvertures que l’élève lui offre en s’efforçant pourtant de mener l’assaut. C’est le genre de monstre contre lequel tu peux sans crainte aller t’écraser de toutes tes forces : ça ne le fera pas bouger, et ça n’entamera même pas sa bonne humeur.
     Après, j’ai eu de la chance : il y a bientôt un examen de grade, donc j’ai eu le droit comme les autres à un examen blanc pour mon 4ème dan. J’ai fait une bonne démonstration contre mes deux adversaires (les Japonais sont plus francs que les Français dans leurs attaques et leur engagement ; c’est beaucoup plus facile de les cueillir au vol, à niveau/âge égal). J’ai quand même eu un commentaire appuyé sur mon armé, jugé trop petit, et qui gagne donc en vitesse au détriment de la puissance. Avis à ceux qui trouvent que je frappe fort : je vais prochainement armer plus grand pour tenter de gagner en souplesse et en impact. Débrouillez-vous avec ça. Kawakami-sensei, c’est son truc : le sabre, c’est fait pour couper, alors il faut couper. Il aime pas qu’on se la touche.

     J’ai aussi revu Saigawa-kun, qui n’a pas changé depuis que je le connais, sinon qu’il a grandit et qu’il est encore plus fort maintenant. Le petit jeune vient d’entrer à l’université. Comme le temps passe… Il me mettait déjà de sacrés pions quand il avait 13 ans et une tête de moins que moi, alors je vous dis que si je me retrouve face à lui la semaine prochaine, je vais pas me la jouer. En plus il est ouvert, entier, sympathique et chaleureux, c’est à vous dégoûter d’essayer d’être un homme de bien.

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