Commencée vers 5 heures du matin, heure locale, quand un
crétin choisit d’allumer sa lumière dans la chambre et me réveille. Moi qui
avait réussi à m’endormir tranquillement vers 1 heure, me voilà debout. La
réception est ouverte 24h/24, donc je descends dans le lobby et je m’installe,
comate tranquillement en bricolant sur mon PC. Vers 7-8 heures, c’est le petit
déjeuner en regardant (pour la… 100ème fois ?) le premier Kung-Fu Panda. Il faut bien s’occuper,
pendant que ça s’active autour de moi pour je ne sais quelle visite groupée du
cimetière Yanaka (ne me demandez pas pourquoi c’est LA visite de la Saint
Valentin. Contre point en Memento Mori ?
Eros & Thanatos ? Je n’en sais foutre rien). Moi j’habitais juste en
face jadis, j’ai bu des bières en zigzagant entre les tombes en pleine nuit
avec des amis, alors le tour des lieux de jour en groupe de K-Way fluo (sous la
pluie), ça m’intéresse moyen.
| Ramen Benkei [ラーメン弁慶] |
parce qu’étonnamment, c’est ça que j’ai vraiment envie de manger en premier maintenant que j’ai à nouveau les pieds sur la terre des ancêtres (pas les miens bien sûr, mais les ancêtres quand même). Je ne suis pas déçu du voyage, parce que le type qui nous accueille est sympa, me baragouines quelques formules en français, et nous sert des
Le temps de finir, la prochaine étape est déjà
décidée : on va boucler ce qui reste de place au fond de l’estomac en se
calant deux boules de glace au macha
dans une boutique spécialisée de kototoi-dōri nommée Suzukien [壽々喜園], où s’alignent tous les dégradés de vert imaginables selon la densité de thé
présent dans la glace. Amazing. Je
prends une boule N°6 (un peu comme chez Chanel), parce que c’est la
recommandation de la maison (o susume !)
et Yukiko s’aventure avec une N°7.
| Suzukien [壽々喜園] |
La fin d’après-midi, je rentre faire une sieste bien méritée
sur le canapé du salon, parce que je commence à accuser le coup du décalage
horaire, mais je ne veux pas qu’il soit dit que je suis allé me coucher. Je
surveille la pendule d’une paupière quand j’ai la présence d’esprit de
m’éveiller de temps en temps, et je finis par me lever pour de bon pour aller à
l’entraînement du Tawara dōjō,
à deux blocs d’ici, armure sous le bras et shinai
sur l’épaule. C’est mon premier entraînement, moins de 24 heures après
l’atterrissage, mais je n’ai pas de temps à perdre : 3 semaines, c’est
court, et il faut profiter de la force du quartier, qui est de proposer des
entraînements tous les soirs, pour peu qu’on sache à quelle porte aller
frapper.
Quand j’arrive à celle du Tawara, ce n’est qu’avec une demi-surprise qu’on m’accueille ;
je crois qu’on a pris l’habitude de mes allées et venues. Le maître des lieux Sawazaki-sensei se détourne aux
trois-quarts de la supervision des jeunes pour me décrocher un « Ah,
Rauch, t’as apporté ton armure ? Bien, tu peux aller te changer
là-bas » en me désignant les vestiaires. Je vais m’incliner profondément
devant Kawakami-sensei au passage,
parce que lui c’est un grand ponte, et on ne peut pas passer comme ça devant en
faisant comme si on ne l’avait pas vu. Ça veut aussi dire « si vous voulez
bien, le moment venu, je viendrais prendre une race avec vous pour me remettre
les idées en place ».
Chose promise, chose due, après l’échauffement je vais me
placer devant le 8ème dan, face à sa vieille garde seigan-no-kamae, et je lance mon plus
beau cri de guerre en tenant fermement la poignée de mon sabre. Son truc à lui,
c’est kaeshi-dō :
quand on craque finalement sous la pression et qu’on essaie de lui balancer un
coup bien droit dans la tête, il se décale de 10 cm sur la droite monte les
mains, pare l’attaque, et renverse son sabre pour frapper au flanc. Le tout très,
très vite. Bon, après quelques passes du genre où j’ai fait de mon mieux pour
lui rentrer dans le lard, il me dit qu’il faut que j’arrête d’attaquer comme ça
n’importe comment, et que je maintienne la pression jusqu’à ce que ça soit
l’adversaire qui craque et attaque en premier, pour le chopper dans le temps. Facile
à dire si j’avais un gamin en face de moi, mais c’est pas si facile de faire
bouger les vieux singes dans son genre. Sur quoi il salue et c’est fini. J’ai
enchaîné un kakari-geiko avec Nomura-sensei (7ème dan), qui
m’a fait attaquer sans répit pendant deux-trois minutes avec son grand sourire
bonnard de nounours, parce que c’est un grand bonhomme jovial imposant qui
manie le sabre une peu comme s’il passait le balais : il s’amuse, il
rigole, et quand ça lui chante il frappe ici ou là au gré des ouvertures que
l’élève lui offre en s’efforçant pourtant de mener l’assaut. C’est le genre de
monstre contre lequel tu peux sans crainte aller t’écraser de toutes tes
forces : ça ne le fera pas bouger, et ça n’entamera même pas sa bonne
humeur.
Après, j’ai eu de la chance : il y a bientôt un examen
de grade, donc j’ai eu le droit comme les autres à un examen blanc pour mon 4ème
dan. J’ai fait une bonne démonstration contre mes deux adversaires (les
Japonais sont plus francs que les Français dans leurs attaques et leur
engagement ; c’est beaucoup plus facile de les cueillir au vol, à
niveau/âge égal). J’ai quand même eu un commentaire appuyé sur mon armé, jugé
trop petit, et qui gagne donc en vitesse au détriment de la puissance. Avis à
ceux qui trouvent que je frappe fort : je vais prochainement armer plus
grand pour tenter de gagner en souplesse et en impact. Débrouillez-vous avec
ça. Kawakami-sensei, c’est son
truc : le sabre, c’est fait pour couper, alors il faut couper. Il aime pas
qu’on se la touche.
J’ai aussi revu Saigawa-kun,
qui n’a pas changé depuis que je le connais, sinon qu’il a grandit et qu’il est
encore plus fort maintenant. Le petit jeune vient d’entrer à l’université.
Comme le temps passe… Il me mettait déjà de sacrés pions quand il avait 13 ans
et une tête de moins que moi, alors je vous dis que si je me retrouve face à
lui la semaine prochaine, je vais pas me la jouer. En plus il est ouvert,
entier, sympathique et chaleureux, c’est à vous dégoûter d’essayer d’être un
homme de bien.
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